mardi 28 août 2012

Et Milarépa chanta - 57° épisode.


Nous avions retrouvé les traces des passages de Gwladys Brunoni dans les 1300 dernières années sous inventaire. Steve Jobs pensait que la yogini qui lançait ses avatars, ses métamorphoses à travers l’espace et le temps ne pouvait être que Paldarboum, une disciple du grand Milarépa.
Je suis remonté presto au XII° siècle pour le vérifier. Mais Peldarboum ne ressemblait physiquement en rien à Gwladys Brunoni mon amour qui m’avait assassiné sous l’Apple Store du Louvre.
Je suis resté sur place dans ce petit patelin de bouseux accroché aux pentes de l’Himalaya, à la Porte du Cheval, en été 1119.
Peldarboum était assise aux pieds de Milarépa et lui dit (*): 

Un joli visage est livré au pouvoir d’un autre,
Une face laide ne trouve aucun compagnon.
On laisse derrière soi des parents bienveillants
Pour se suicider au profit d’un mari.
Notre patience est faible pour de grandes ambitions,
Nos lèvres savantes à comparer les litiges,
A ramasser des ragots de tout un district.
Nous devenons chien de garde des couples,
Bien que l’on se dépense pour la survie de tous,
L’on agit pour chacun en avare grincheuse,
Sans que l’on imagine impermanence et mort,
...
Accordez-moi un enseignement facile et plaisant.

Milarépa porta sa main à l’oreille et chanta:

Ah! Parfaite Peldarboum!
Votre histoire est celle de toutes les femmes.
...
L’hypocrisie et l’insatisfaction une fois abandonnées,
Il est temps de concevoir une position d’humilité.

Il lui conseilla de repousser la servitude du fils et du mari,
de délaisser les obligations de cette vie, de chasser la richesse et l’avarice.
Mais Peldarboum le ramène à sa propre vie de femme dans ce coin paumé du toit du monde:

Je suis liée le jour par un labeur incessant,
Et la nuit, assommée, je m’en vais dormir.
Du matin au soir je suis esclave du vivre et du vêtement,
Je n’ai pas le temps de pratiquer la Doctrine.


Milarépa lui répondit:

Vous savez que les ennemis sont les tâches de ce monde. Vous devez leur tourner le dos...


Bon, plus facile à dire qu’à faire, dis-je à Steve Jobs qui était resté figé à côté de moi.
Amazing, me dit-il. Tu te rends compte, Sin, tout le chemin qu’il nous reste à faire dans nos prochaines vies. Regarde, il lui donne l’enseignement, les fameux quatre abandons. Shit! Sin, écoute bien.
Et Milarépa chanta:

L’adversaire joue le rôle d’un dogue nommé avarice.
On l’attache à son profit mais il apporte le mal.
Connaissiez-vous l’ennemi avarice?
Si oui, laissez-le tomber!

Dis donc, Steve. Toi le radin parfait... Je sais, je sais... Mais je ne le connaissais pas ce mal, voilà. Je croyais que c’était en quelque sorte une vertu. Entre être économe et être avare, il y a quand même une marge.
Mais tu n’étais pas du tout généreux! Si, dit-il, d’une certaine manière. Mais j’avoue que là j’avais tout faux.

Et Milarépa chanta:

L’adversaire est le sommeil des morts que l’on nomme ignorance.
On l’utilise à son profit mais il apporte le mal.
Connaissez-vous l’ignorance ennemie?
Si oui, débarrassez-vous en!

Sur ce plan, Sin, tu étais le champion, mon gars, me lança Steve Jobs. Tu nageais dedans, c’était pas dans une piscine mais une mer d’ignorance. Tu en savais trop mais tu n’en avais pas la connaissance. Oui, ok, Steve, pas mieux que toi non plus. Mais je ne savais pas ce qu’était l’ignorance, voilà.

Er Milarépa chanta:

L’adversaire qui pose les objections a pour nom famille.
Il s’attache à être utile mais apporte le mal.
Connaissez-vous l’ennemi famille?
Si oui, abandonnez-le!

Shit! Dit Steve Jobs. Là il déconne. Moi je n’ai jamais eu de vraie famille et j’ai essayé d’en construire une toute ma vie. Un peu vainement, d’ailleurs.
Attends, Steve! Il veut dire par là le conformisme, tu vois. Bon, dit Steve, alors là je ne savais pas trop ce que c’était la famille. J’ai essayé de n’être pas conformiste. Mais, mon gars, d’une certaine manière tu l’as été mais certainement moins que beaucoup d’autres.

Et Milarépa chanta:

L’adversaire est cet imposteur que l’on nomme paresse.
On l’attache à son profit mais il apporte le mal.
Connaissiez-vous l’ennemi indolence?
Si oui, bannissez-le!

On n’a jamais été des indolents! Si, Sin, rectifia Steve Jobs. On a été de grosses taches. De temps en temps on se réveillait. On connaissait mal l’indolence, vraiment.
Je n’avais rien à répliquer. Encore abasourdi par l’étendue de mon imperfection, avarice, ignorance, conformisme, paresse... je regardai ma vie passée à l’ombre de ces ennemis, j’étais leur proie facile, ballotté par ces excroissances naturelles du vivant, un immense ratage. Mais que pouvais-je faire de mieux? La banalité du mal vivre. J’eus pour moi-même, mon ancienne vie, ma vie précédente, comme pour celle de tous ceux qui me furent proche alors, un immense sentiment de compassion. Ils étaient comme moi dans le faux et avaient toujours comme moi tellement de mal à s’en apercevoir, à se redresser. Nous étions sous le joug du quotidien comme Peldarboum la ménagère tibétaine qui est là, à présent, sous le poids des chants de Milarépa.

Nous nous sommes demandés comment Peldarboum pouvait s’en sortir avec cet enseignement qui se dressait radicalement contre elle.
Nous restâmes dans ce petit bled himalayen. On savait, Steve Jobs et toute notre bande d’esprits, que les clefs du mystère Gwladys Brunoni devaient se cacher là. Et nous n’avions pas tort.

(à suivre) 

(*) Comme je vous l’ai déjà dit, les récits de ces scènes ont été rassemblés par les tibétains dans un recueil connu sous le nom «Les cent mille chants de Milarépa», traduction française de Marie-José Lamothe (Fayard). J’atteste que ces récits sont conformes dans les grandes lignes à ce que j’ai pu voir et entendre moi-même sur place à cette époque.

mardi 21 août 2012

Milarépa, le yogi chanteur - 56° épisode.


Trop de traqueurs de fantômes dans la salle, trop d’esprits. Steve Jobs avait décidé de quitter le Buena yerba center tout en restant à San Francisco. Nous nous sommes regroupés sur Baker Beach, une petite plage tranquille du Presidio à quelques kilomètres du Golden Gate. Un millier d’esprits en keynote y passent absolument inaperçus. Au moins ici pas de mobilier qui craque, pas de tables qui risquent de tourner. Steve y acheva sa keynote spirite au cours de laquelle il avait présenté les résultats de l’enquête sur la yogini X. Il précisa son petit chose en plus : cette yogini s'appelait Peldarboum.

Peldarboum ! Cette nouvelle jeta la consternation dans la «bande» des mille. Oui, on était bien mille à présent. S’étaient joints à nous d’autres bandes errantes du monde intermédiaire. Celle de Lao Tseu du p’tit dernier baijiu pour la route, les Griots assoiffés, les Samouraï tranchant au saké, les Derviches tourneurs au raki, les Bambaras en bourrette de la porte de Saint-Ouen, les Muchachos de la téquila (fusion des Bolivar et des Emiliano Zapata), les Poivrots métaphysiques (qui regroupent à présent les Alcooliques philosophes de Savoie, les Bretons buveurs et les Indiens éméchés des grandes plaines du Dakota), les Sadou fumeurs de chanvre, les Esquimaux à l’entracte, pour ne citer que les récents ralliements.

Peldarboum! La célèbre Peldarboum des monts enneigés de la Porte du Cheval, au nord du Tibet.
La yogini Peldarboum et Gwladys Brononi mon amour ne feraient qu’un?
Je me suis précipité au XII° siècle au Tibet, sur les monts enneigés de la Porte du Cheval. Nous étions très précisément en été 1119.
Il y avait là un patelin de bouseux accroché à la montagne. Juste à temps pour voir arriver Milarèpa (*) , le yogi chanteur, l’ermite vêtu de coton blanc, le poète cher au cœur de tout tibétain.

 


L’air vibrait autour de lui, il semblait glisser sur le sol rocailleux plutôt que marcher, impressionnant.
Son visage doux, cheveux noirs bouclés, un sourire au coin des lèvres. Il s’adressa à l'attroupement :

- Bienfaiteurs, le yogi que je suis demande des vivres.

Une petite vieille se mit en pétard:

- Ah! Vous les Yogis errants! A la saison d’été vous mendiez le yaourt et le fromage frais. A la saison d’hiver vous mendiez le grain et le fermenté... Mais ne serais-tu pas venu en escomptant qu’il n’y aurait personne, afin de voler la dot de ma fille ou celle de ma bru?

C’était mal parti pour notre saint homme.
Je vis Milarépa porter une main à son oreille et il chanta. Il incitait la vieille femme à se livrer à la réflexion, à peser l’insignifiance de ses fiertés face à la mort, un tas de choses si difficiles pou les vivants, dont cette strophe:

Les paradis de liberté
Sont plus rares que les étoiles en plein jour.
La transmigration, les mondes de douleur
Sont plus fréquentés que le territoire des soucis quotidiens.
Le cœur vaincu quand se divisent le subtil et le grossier,
Grand-mère blessée, sans confiance face à la mort,
Livre ton esprit à la réflexion!

La vieille se calma. Remise à sa place, elle voulait bien reconnaître en ce mendiant un yogi exceptionnel.
Ce revirement était extraordinaire. Ce yogi savait calmer les colères, soigner les angoisses de vivre, donner de l’espoir aux égarés, un sens aux éclopés de l’existence terrestre, un baume aux aveuglés, de l’aspirine aux tourmentés. Comment ne pas être sous son charme? Quand je vis sortir de la foule des gens du village massés autour du grand yogi, une jeune fille vêtue comme toutes les paysannes. Elle se porta en avant et s’adressa au yogi chanteur:

- Si vous êtes bien le puissant Milarépa, dites-nous de qui vous vous recommandez!...

Milarépa répondit en chantant la généalogie des racines de sa pensée, tous les très grands maîtres lamas bouddhistes qui forment sa lignée. Elle trouva cette descendance magnifique. Pour moi Samanta Bhâdra, Vajradhara ou Shakya Thoubpa ne signifiaient pas grand-chose. Pour vous c’est sans doute assez vague sauf si vous êtes familier du Tibet ou du Bhoutan (un petit pays pas plus grand que la Suisse enclavé dans l’Himalaya qui a instauré le BNB, le bonheur national brut). Mais pour les bouddhistes, ce sont des références. Un peu comme pour vous Rabelais, Guy des Cars ( plus précisément Guy Augustin Marie Jean de Pérusse des Cars 1911-1993 dont l’œuvre presque oubliée donna pourtant une réelle bouffée d’oxygène à l’industrie papetière française, faut-il constamment le rappeler?), Montaigne, Jean d’Ormesson (Jean Bruno Wladimir François-de-Paule Le Fèvre d’Ormesson, plus connu sous le nom de Jean d’O sur les plateaux télé qu’il enchante par ses traits, ses sorties éblouissantes qui aveuglent sans éclairer ce qui fait tellement son charme), Rousseau, Alain Mimoun pour les joggeurs ou Jacques Anquetil pour les cyclistes.

Il y eut un long dialogue entre eux, à chaque chant de Milarépa correspondait une réponse de la jeune fille qui finit par lâcher:

- Ces idées se lèvent comme le soleil dans un ciel sans nuage et sont aussi extraordinaires que l’illumination de la matière. Avec cette expérience quelle sorte d’assurance obtient-on?

Milarépa chanta sa réponse:

L’assurance d’une vue
Sans démons et sans dieux.
L’assurance d’une méditation jamais distraite,
D’une indépendance d’esprit absolue.
L’assurance de l’accomplissement
Sans espoir et sans crainte.
Je suis le yogi possédé de ces trois assurances.
Êtes-vous celle qui les désirez?

La jeune fille raconta sa vie et ses travers. Puis Milarépa chanta:

- Ah ! parfaite Peldarboum!
Votre histoire est celle de toutes les femmes...

Je sursautai. Peldarboum ne ressemblait absolument pas à Gwladys Brunoni, mon amour, mon assassin. Mais alors là pas du tout!
Steve Jobs me dit à l’oreille (c’est encore une manière de vous raconter cette histoire car nous les esprits n’avons pas de lobe d’oreille physique), Sin, me dit-il, cette nana ne correspond pas. On s’est mis la doigt dans l’œil (on n’a pas de doigt et d’œil non plus mais cette manie de Steve de me parler en français commençait à être limite). 

Je sentais que les choses se compliquaient.

(à suivre)

(*) Milarépa (1040-1123), yogi tibétain qui œuvra à l’implantation du bouddhisme au pays des neiges.  Le récit de cette scène ainsi que beaucoup d’autres ont été rassemblées par les tibétains dans un recueil connu sous le nom «Les cent mille chants de Milarépa», traduction française de Marie-José Lamothe (Fayard). Ces récits sont conformes dans les grandes lignes à ce que j’ai pu voir et entendre moi-même sur place à cette époque.

mercredi 15 août 2012

L’X trouvé, l’OSX rétabli ?- 55° épisode.


Les discriminations par l’aspect physique ou par l’argent n’existent pas dans le monde des esprits. La plupart des vivants n’auraient plus de sujet de conversation si on leur enlevait les plaisirs du sexe et de l’argent et tout le blabla autour.
Les vivants trépassés ont du mal quand ils arrivent chez nous dans le monde intermédiaire des morts. Mais finissent par s’y faire. De plus, on n’a plus besoin de se restaurer dans le monde des esprits, donc tout ce qui concerne la bouffe n’a aucun sens. Du coup, la quasi totalité des bavardages des vivants n’a plus de support, tout étant perdu ici sauf la conscience.
D’ailleurs les pierres tombales ne se lassent pas de faire la promotion de notre grande surface d’accueil inévitable. Le plus célèbre des slogans «Repose en paix» a toujours le même succès auprès d’un très nombreux public extrêmement varié.
Et d’une certaine manière il n’est pas mensonger. Fric, bouffe, cul, santé sont éliminés. C’est difficile à imaginer pour un vivant ancré dans la recherche de la jouissance, explorant chaque jour les mines de la vie à la recherche de quelques cristaux de plaisir.
Certes on comprend qu’en ayant perdu la santé et le cul, on se replie sur la bouffe. Si on n’a pas de fric et que l’on bouffe mal, on se replie sur le cul. Mais perdre tout à la fois n’est pas pour les vivants. Il reste l’amour, quelle mince consolation, du baratin littéraire.  
Une morne plaine ce monde des esprits, me direz-vous. Ce repos en paix, vous pouvez vous le garder, je vous rejoindrai le plus tard possible et contraint. C’est ce qu’on dit histoire de dire quelque chose.
Je ne fais pas de propagande ou de prosélytisme particulier pour le monde des esprits mais quand même, réfléchissez une seconde.
Les joies apportées par la vie des vivants se double évidemment d’affreuses peines, le vieillissement, le naufrage de la décrépitude inévitable, le stress constant que procure l’argent, la maladie et ses souffrances. Et même l’amour et sa perte, l’absence de l’être aimé, la séparation, les désillusions, la rage de continuer, l’incompréhension, enfin tout ce qui remplit les productions littéraires depuis que l’homme des cavernes a marqué l'empreinte de sa main dans un grotte obscure, comme pour dire, c’était moi ici et ce n’est plus moi. J’ai aimé tout ça et je ne l’ai plus. J’ai tout perdu. Eh oui, à la fin la souffrance, la solitude, l’emportent toujours. Le plus tard possible, le plus tard tralala, Il court, il court, le furet du bois, mesdames, Il court, il court, le furet, le furet du bois joli. Puis on verra bien.

En arrivant ici, vous ne pouvez pas vous imaginer l’étonnement des esprits néophytes. Il y en a qui ne tiennent pas le coup et s’élancent de suite dans une réincarnation rapide. De vrais stakhanovistes de la réincarnation vie après vie. Le problème qu’à ce rythme, chaque réincarnation est une petite régression.
Prenons Jules César. Intelligent, semble avoir tout compris. Quand il fut assassiné et arriva ici dans notre monde intermédiaire, sans fric, bouffe, cul, ... il a failli perdre la raison et se chercha une rapide réincarnation. En précipitant son affaire, il régressa. Forcément avec un karma, un passé de vivant si chargé en crimes et délits de tous ordres, il fallait bien corriger le tir.
Dans sa vie post impériale, il était alors marchand de peaux de lapins dans un faubourg de Naples cinq siècles plus tard. Puis après avoir été liquidé par la peste bubonique, il revint ici brisé par l’état général sensuel inexistant qui prévaut dans ce monde intermédiaire. Il précipita à nouveau sa réincarnation ce qui lui valut encore une régression : esclave noir dans les soutes d’un trafiquant d’ébène. Mort d’avoir été trop battu dans un champ de coton, il revint ici toujours à la hâte de retrouver ses jouissances anciennes, du temps où il fut César, le grand Jules. Encore trop impatient pour retrouver le royaume perdu de ses sens, il revint en mourant sur un pal de Tamerlan. Enfin il comprit. Là il se donne du temps. Il est auprès de nous et attend. C’était pourtant une belle conscience. Et il pourrait le redevenir. Rien n’est jamais perdu dans le grand cycle qui broie toutes nos illusions. Empereurs, chiffonniers, esclaves, martyrs, la grande roue tourne et tourne. C’est une meule qui réduit en poussière, affine la conscience, la rend fluide, égale à elle-même, la grande présence des cieux et de l’éternité stellaire. Dans ce noir immensément profond crevé d’infinies brillances, nous voilà tous réunis. La conscience des univers est notre conscience rendue à elle-même. Là où les bulles du champagne prennent naissance, dans cette partie inconnue du verre, là tout au fond, dans le jaune d’or devant nos yeux.

Nous sommes des consciences. Aucune différence entre noirs, blancs ou jaunes. Entre Russes, Maliens, Guaranis du Mato Grosso, Irlandais du nord et du sud, Alsaciens et Lorrains et on ne discutaille pas. Entre hommes, femmes, homosexuels ou transsexuels. Entre jeunes et vieux. Entre chrétiens, juifs, animistes, mahométans, agnostiques, hindouistes, sikhs, bouddhistes ou matérialistes.
Ce qui compte ici est l’intensité de la conscience. Elle est soit affinée par la vie précédente, soit détériorée. Soit on vient ici plus riche en conscience, soit on y arrive en perte de vitesse. Pour ma part, il me reste un long chemin à faire. C’est le cas de la plupart des esprits de la bande à Steve Jobs. J’appelle notre groupe «bande» ce qui ne veut rien dire ici, évidemment. Je dis «bande» car on a tous un peu le même type de curiosité. Et il nous reste tous un sacré chemin à parcourir avant notre libération définitive. Il nous manque à peu près le même temps de cuisson. Et pas mal de réincarnations en perspective. Mais on a décidé de rester un moment ici. Histoire de se ressaisir avant de replonger dans le monde des vivants.

 


Ce chef-d’œuvre du tympan du portail de la cathédrale de Bourges (France) datant du XII° siècle, montre des esprits gagnant en cuisson et juste au-dessous en réincarnation. Bien sûr cette perspective est judéo-chrétienne et il s’agit factuellement de la mythologie de l’enfer et de la résurrection. Mais le principe de la circulation des morts entre paradis et enfer s’appuie sur d’anciennes visions préexistantes reprises par ce monothéisme et transformées. Elle part de l’idée que la vie des morts serait semblable à celle des vivants en mieux.
C’est un peu plus compliqué, évidemment. Et nous avons déjà eu l’occasion d’en parler. Enfin, les esprits ne parlent pas, c’était juste une manière de parler.

Quand on fera le pas pour la réincarnation, on ne se souviendra plus du passé, ni de notre passage ici. Il nous restera peut-être quelques bribes. Une sympathie sans doute si l’un de notre «bande» en retrouve un autre. Un amour peut-être? L’amour et l’amitié sont sans doute les meilleures preuves d’une existence antérieure commune.
Mon amour de ma vie précédente, Gwladys Brunoni, avait échappé à cette règle intangible. Elle ne meurt jamais mais passe de vie en vie en thésaurisant ce qu’elle a appris dans sa vie précédente. Elle transite, enchaîne, prend une autre correspondance.
Elle m’avait assassiné et je lui ai rendu la pareille. Deux balles dans le cœur et deux dans la tête. Son corps s’est évanoui. Sa conscience, celle du yogi X, s’est immédiatement déportée ailleurs, prenant un nouveau corps, sans passer par notre monde intermédiaire. Ou est-elle à présent?

Non Sin, me fit Steve Jobs, on va pas recommencer à la chercher. Shit. On l’a repérée à plusieurs reprises dans ces 1.300 dernières années. Moi, je veux savoir qui est cette yogini X qui pirate notre système opératoire des réincarnations.
Et nous l’avons, friends. C’est une yogini, en effet. Et un petit chose en plus (Steve ne pouvait plus se passer du français depuis sa mort, je trouvais ce travers un peu ridicule) , elle s’appelle Peldarboum!

L’X est trouvé. Et Steve Jobs conclut que l’OS, operating system, le système opératoire de le vie de la mort serait stabilisé.
C’est ce que pensait notre ami. Moi j’avais des doutes.

(à suivre)