mardi 25 décembre 2012

L'App traque - 74° épisode.


Les billets de 500 € qui se dématérialisaient allaient permettre à Gérard Depardieu de redevenir ce qu’il avait été. Nous avions remplacé ses revenus par nos billets piégés qui se transformaient en un minuscule tas de poussière grise et petit à petit, Gérard devenait de plus en plus pauvre. Amaigri, retrouvant une certaine compassion, désintoxiqué de l’alcool et de son énorme vanité, nous avons décidé d’arrêter toute action à son égard. C’était devenu urgent de l’avis même des esprits des morts, et notamment de la bande des mille qui orchestrait l’opération Thunderbolt.
Mais avant de poursuivre le récit de cette magnifique opération contre la toute puissance du fric, je me dois de vous informer des premiers effets de «Rotted». En effet, la fin du monde était passée pour Gérard et nous programmions les suivantes.

L’application gratuite «Rotted», je vous le rappelle, donnait sur chaque smartphone une carte détaillée de l’implantation des pourris qui faisaient marcher les systèmes corrompant nos démocraties.
Un index tenu à jour permettait de vérifier si tel sénateur de gauche ou tel député de droite était vraiment propre et de savoir  ce qu’il avait exactement fait pour leurs concitoyens depuis qu’il touchait les émoluments de la République.
Mais il y avait aussi cette liste impressionnante de corrompus de toute origine et sur laquelle apparaissaient le nom d’Audrey Pulvar et de cette pauvre Clémentine Autain que l’on avait rajouté à la suite de sa dernière apparition sur l‘A2. A force de fréquenter les plateaux très mondains de la télé en fustigeant Miss France elle oubliait que le peuple existait.

L’esprit de Karl Marx, sans barbe, qui avait rejoint la bande des mille dans le monde intermédiaire, lui était pourtant apparu en rêve et lui avait dit : «Clémentine, reviens! Nous savons tous qu’il est plus facile de rêver l’impossible que d’aimer les choses réelles, celles qui sont banalement possibles. Clémentine, retrouve ton calme, prend tes distances avec les bonimenteurs de la politique».
En attendant, et malgré les injonctions de Karl, Clémentine était sur cette fameuse liste et je trouvais personnellement que cela était injuste, que parfois ses pensées étaient un peu corrompues mais qu’elle ne l’était pas. J’ai fait appel. Winston Churchill a examiné son cas.
Une liste de 67.161 noms (Clémentine en avait été heureusement retirée) avec leur adresse, biographie et téléphone, à peu prés autant que de détenus dans les prisons de France.

Voici l’usage qu’on peut faire de Rotted. Vous vous promenez dans Paris, vous voyez votre propre localisation sur l’écran, et apparait  dans un rayon de 500 mètres quelques uns des 67 161 qui sont présents dans cette zone. Vous repérez celui qui est le plus proche de vous, vous  touchez l'icône «Identification» et vous avez la fiche complète de ce pourri.

Plusieurs précautions sont à prendre dans l utilisation de cette application, de cette App qui traque:
- évitez les quartiers des ministères et les quartiers d’affaires car vous risquez de faire bugger le système. Si la densité des pourris présents est trop forte, mettez votre smartphone ou votre tablette en kernel panic (une désintégration subite du système d’exploitation),
- malgré l’excellent boulot de Scott Fostall, concepteur génial, n’oubliez pas que Scotty est une teigne et qu’il peut avoir glissé dans la librairie de son App, des personnes qu’il déteste, et elles sont nombreuses,
- n’oubliez pas que vous risquez gros si vous êtes aperçu par un quelconque garde du corps de la personnalité en question car ils sont dotés de Schow Rotted, une App qui permet de repérer les personnes équipées du logiciel Rotted.
Vous voilà prévenus. Soyez prudents! Ne jouez pas en amateur, un accident est vite arrivé. A vous de jouer à l’App qui traque mais ne soyez jamais violents physiquement.

Nous avions, de notre côté, la charge de mettre en œuvre la livraison des premiers cent millions d’euros à ce sénateur, un certain Fierdetout qui, selon Winston Churchill, récoltait l’oseille de proxénètes à la gare de Lyon. L’un de ses agents se tenait à la station de taxi et nous devions lui remettre les valises avec l’argent.
Nous étions équipés d’un taxi parisien, une belle Mercedes, et observions le trafic sous la grande tour de l’horloge de la gare.
Gary me poussa du coude. Sin, regarde le gros. Un taxi s’arrête, lui remet un grand sac  «Tati» et s’éloigne. Gwladys le file. Nous entendons dans l’oreillette que le gros descend dans  le parking, il met le sac dans le coffre d’une Opel rouge et revient vers l’horloge, attention.
Voilà le gros. Lucas se place devant le tour de l’horloge: un autre taxi arrive et lui remet un sac «Fnac». De nouveau vers le parking.
Gwladys: le voilà. Il revient vers l’Opel rouge. Met un sac «Leclerc» dans le coffre.
Stop les enfants, dit Lucas Cranach senior dans son micro, il nous enfume. Où est passé le sac «Fnac» ? Qui lui a donné le sac «Leclerc»?
Gary : c’est le clodo couché contre le mur de la gare, il a caché le sac «Fnac» sous la couverture.
Je lance : n’intervenez pas. Ils ne nous ont pas repérés. C’est un micmac entre eux.

Lucas Cranach senior: un autre taxi, remet au gros un sac «Apple». Se rend au parking.
Gwladys: il fourre un sac «Samsung» dans le coffre de l’Opel. C’est le même clodo qui a gardé le sac «Apple» et lui a fourgué le sac «Samsung». Le coffre est plein. Il peine à le fermer. Il le ferme et remonte.
Allez, on les boucle. Le gros et le clodo. Gwladys et Gary vous gelez le clodo, Lucas Cranach senior et moi on se gaule le gros. Discrètement. Gwladys tu raves les clefs de l’Opel au gros et tu nous suis. N’oubliez pas le barda du clodo.

On a obscurci les deux et les avons roulé vers le Bassin de l’Arsenal à côté de la Bastille, dans la minuscule maison d’éclusier, coincée à droite sous les ponts en sortant du Bassin de l’Arsenal vers la Seine, entre les piliers du Boulevard Morland et ceux de la station de métro Quai de la Rapée, notre quartier général de l’opération Thunderbolt déclenchée par le monde des esprits.

Les sacs «Tati» et compagnie étaient bourrés d’artiche. Nous les avons remplacé par nos biftons à nous, ceux qui se désintégraient quand il le fallait.
Steve Jobs convoqua le fantôme de la maman du gros qui, à la vue de Steve et de sa propre maman morte écrasée par un tramway, avoua vite fait le lieu de livraison du magot des merlans de Paname. C’était à livrer en direct au Sénat, Palais du Luxembourg, à l’attention de monsieur le sénateur Fierdetout.

Le clodo avoua tout à la vue du fantôme terrifiant du Soldat inconnu. Oui terrifiant. Le Soldat inconnu se demandait depuis 1917 s’il n’était pas mort pour enrichir les pourris et croyez-moi, il en avait gros sur la patate. L’argent que devait détourner le clodo en prélevant un quota - un sac «Apple» et un sac «Fnac» - était destiné au compte fermé sur une banque suisse de Jérôme Cahuzac. Ce n’était pas possible! On a fourré nos billets trafiqués dans les deux sacs en plastique. Il va y avoir du grabuge au Sénat mais aussi à l’Assemblée nationale. Le Soldat inconnu poussa un hurlement de rage qui traversa la Seine et couvrit le vacarme des travaux de l’université de Jussieu.

(à suivre)

lundi 17 décembre 2012

Une belle fin du monde pour Gérard - 73° épisode.


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L’opération Thunderbolt avait été programmée bien avant la fin du monde prévue le 21 décembre 2012. Sa première phase consistait à repérer les corrompus et à leur donner un coup fatal en déclenchant une mise à feu des billets de banque tant adorés, objet de leurs basses manœuvres.

L’application gratuite «Rotted» qui donnait sur chaque smartphone une carte détaillée de l’implantation des petits et grands gangsters, ceux qui faisaient marcher les systèmes corrompant nos démocraties, était arrivée dans l’Apple Store et le Google Store.
Un index tenu à jour permettait de vérifier si tel sénateur de gauche, tel député de droite était vraiment nickel chrome, qu’est-ce qu’il avait exactement fait pour ses concitoyens depuis qu’il touchait ses indemnités et avantages. Mais il y avait aussi un essaim de journalistes, une liste impressionnante de banquiers, une ribambelle de médecins et dentistes, une smala de fonctionnaires, d’hommes d’affaires, de syndicalistes, une horde de notaires, de comédiens, une clique d’hommes de religions diverses imams, curés, gourous, rabbins, un gotha complet d’ anciens élèves douteux issus des grandes écoles de la République (encore que l’index a tenté de ne pas confondre corruption et paresse professionnelle ou inefficacité savante), une longue file de diplomates véreux et quelques présidents de la République.
Rien que pour la France, l’application permettait d’avoir accès à la biographie et aux actes douteux de 67.161 noms avec leur adresse et téléphone, soit dit en passant autant qu’il y a de détenus dans les prisons de France, ce qui vérifiait bien le dicton «y en a autant dedans que dehors».

Mais juste après la fin du monde devait se déclencher la guerre des corrompus. Selon le plan imaginé par les morts, vous savez cette fameuse bande des mille composée des esprits les plus spirituels qui avaient retardé leur réincarnation pour se donner le temps d’améliorer le monde. C’est notre équipe qui en avait la charge: Gwladys Brunoni mon amour, Lucas Cranach senior, le médium favori de Steve Jobs, Gary notre pistoléro et moi-même, Sinsilla, visiteur un tantinet illicite, subrepticement mêlé au monde intermédiaire des morts.
Nous avions repartis l’énorme tas de biftons, un million de billets de 500€ compressés sur deux palettes, en lots destinées à nos méchants clients.

J’avais eu la mission de m’occuper personnellement de Gérard Depardieu que j’admirais en tant qu’acteur. Les esprits l’avaient ajouté à la liste récemment. J’ai donc subtilisé ses droits d’auteur, ses divers revenus immobiliers, les profits de ses deux restaurants, de sa poissonnerie, de son épicerie japonaise de Paris, de ses placements et remplacé le tout par nos billets de 500 euros. Ne me demandez pas comment, ce sont des choses couvertes par le secret des esprits mêmes.


Les valseuses.
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Et lentement la machine s’est mise en marche, chaque billet se volatilisait, se réduisait à rien, disparaissait dès qu’on le manipulait. Gérard était dans un bar, ivre comme à son ordinaire, il sort son portefeuille pour régler et là plus rien, pas un billet. Sa banque prévient qu'aucun sou n’a été déposé, Gérard prélève du liquide, affolé, on le lui donne, mais dès qu’il le met dans sa poche, l’argent disparaît. Il accuse son agent, le traitant de minable. La société immobilière belge l’appelle, pour la moche maison belge de Néchin, il n’y avait rien dans la boîte supposée contenir la commission de négociation. Au fil du temps, Depardieu n’a plus rien, surveille son régime d'intermittent du spectacle, maigrit considérablement, redevient comme nous l’aimions.

Bien joué Sin, me dit Steve Jobs par la voix de Lucas Cranach senior, voilà une belle fin du monde pour Gérard.



(à suivre)

mardi 11 décembre 2012

L’invisible armada - 72° épisode.

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Nous avions devant nous un énorme tas de biftons, un million de billets de 500€ compressés sur deux palettes.
Nous ne posions plus aucune question sur l’origine de cet argent. Dans le monde intermédiaire, les esprits des morts et notamment la bande des mille, avait ses méthodes particulières. Leur pouvoir de suggestion était visiblement sans limite.
Steve Jobs, apparition bleuâtre sortie d’un iHoloPhone, avec la voix de Lucas Cranach senior, son médium préféré, nous donnait ses dernières instructions. Mais avant, il semblait avoir deviné nos questions restées informulées sur l’origine de ces tas de billets de banque.
Friends, dit-il, nous avons suggéré à Ulysse Mendoza, un banquier mexicain appartenant à un des nombreux cartels de la drogue de charger sur un bateau à destination de Vera Cruz, un règlement provenant des États Unis. Nous avons demandé au capitaine du rafiot, très croyant et spirite craintif, de détourner le bateau sur Le Havre. Il a cédé à nos suggestions insistantes faites d’apparitions soudaines de fantômes habillés de draps blancs, de meubles qui craquent et de cris d’enfants effroyables et amené cet argent ici dans le port de l’Arsenal à Paris en remontant la Seine. 





Voici à titre d’exemple ce que représentent 250 millions de $. Cette photo a été prise lors d'une arrestation de narco trafiquants par la police. Les 500 millions d’€ que nous avions à traiter, des coupures de 500, représentent un tas bien moins important.



Ulysse Mendoza a été sauvagement assassiné et notre capitaine spirite terrorisé a repris du service dans la marine marchande et nous veillons à le laisser tranquille.
Ca vous suffit, friends? Bon, continua Steve, alors venons-en à votre travail.
Voici cinq adresses de personnes habitants Paris et qui reçoivent très régulièrement de grosses sommes en liquide provenant de règlements occultes, prostitution, ventes d’armes, et trafic de déchets hautement toxiques, évasion fiscale, dessous de table. Votre boulot: régler à chacune de ces personnes la centaine de millions d’euros qu’ils attendent. C’est Winston Churchill et les anciens de son service de contre espionnage qui ont repéré les filières.
Yes, c’est moi et les boys and girls que j’avais avec moi dans la lutte contre ce satané Hitler.
C’était effectivement Winston, les talents de Lucas Cranach senior avait même pourvu la voix de cet accent inimitable propre au grand guerrier. J’en avais les larmes aux yeux. Nous avions l’appui des esprits du M5, le plus prestigieux des services secrets de l’occident avec le Mossad israélien Des morts, certes, mais combien bien plus dangereux que les vivants. Nous avions bien besoin d’eux. Je veux dire de leurs esprits.
Vous ne pouvez pas savoir, continua Churchill, ce que c’est de ne pas pouvoir se mettre derrière la cravate des rasades d’un bon vieux whisky. Tout mon service de contre espionnage est là. C’est eux qui ont décrypté Enigma, ce charabia de code secret nazi qui nous a permis de leur mettre une déculottée définitive.
Nous ne pûmes nous empêcher d’applaudir, lui le héros et toute cette fantastique équipe qui l’a rejoint dans le monde intermédiaire après leur mort.
Thank you my dear friends l Merci. Quelques détails pour votre mission. Pour les premiers cent millions d’euros que vous allez livrer, il s’agit d’un de vos fichus sénateurs, euh... non apparenté je crois, un ami d’un certain Balkani ou Tiberi, des corses?... qui sont ces guys... (en s’adressant aux esprits de son équipe de boys et de girls du M5)... faites moi des fiches sur ces deux là... (en s’adressant à nous, émus, d’être sous les ordres du grand homme)... le type vous attend à la gare de Lyon et faites attention aux services de l’Abwehr, essayez de vous appuyer sur la résistance intérieure, je vais en toucher un mot au grand Charles. Donc, vous remettrez à ce drôle de gugus deux attachés case. Ce sénateur ramassera l’argent des proxénètes. La deuxième adresse est un homme d’affaires qui se dit de gauche, lui recycle l’argent des ventes d’armes en prenant  trente pour cent au passage. Pour lui également deux attaché case, vous le trouverez ...

Toutes les précisions données, Winston Churchill nous souhaita bonne chance. J’ai cru entendre la voix du Général De Gaulle nous dire que nous faisions cela pour la grandeur de la France et qu’on ne devait jamais l’oublier.

Lucas Cranach senior dit de sa voix de Lucas Cranach senior qu’il s’excusait. Je fais mal De Gaulle, ajouta-t-il. Mais c’était bien le général.

Steve Jobs reprit la parole. Voila guys, vous avez de grands parrainages. Maintenant au boulot. Je veux que cette affaire de l’invisible armada soit un grand succès. Mon père adoptif, hyper bricoleur, a concocté dans son garage un autre produit spécial qu’on a mis sur les billets.

J’avais d’abord pensé que le nom d’opération «’invisible armada» était dû à l’appui extraordinaire que nous avions de Winston Churchill, du M5, du général De Gaulle
Ce n’était pas ça du tout. Mais nous le saurions bien vite quand les effets de cette fantastique opération contre ces riches corrompus seraient visibles.

(à suivre)

dimanche 2 décembre 2012

"Rotted", l'App qui localise les méchants - 71° épisode.


Nous regardions les dégâts causés par les 100.000 billets de 20$ qui s’enflammaient dès qu’on les pliait.
Livrés par notre entremise frauduleuse de la part de Goldman Sachs aux banksters qui squattaient alors la Société générale, les billets se sont répandus rapidement à travers les filières des dessous de table, de la défiscalisation et du financement des lobbies, des campagnes électorales, des partis politiques. Ils s’écoulaient lentement mais sûrement dans les réseaux capillaires des rémunérations occultes.

Livrés dans des boîtes à chaussure bien à plat, nos billets attendaient patiemment qu’on les plie dans un portefeuille pour s’enflammer. Chaque incendie ou auto consumation d’une personnalité ou de simples quidams, nous dessinait la carte des sans scrupule, la géographie humaine du manque absolu de vergogne.
Nous pouvions ainsi mesurer avec exactitude le délitement si particulier de notre modernité qui avait créé un paysage économique dans lequel toute la richesse se concentrait sur moins de cinq pour cent de la population en ne laissant aux autres que des miettes.

Ce phénomène de concentration est bien sûr inhérent à l’action humaine. Il est dû à la rapacité qui nous habite, au prédateur qui sommeille dans notre âme. Il faut y remédier régulièrement en redistribuant les richesses sachant hélas qu’à peine cinquante années plus tard le travail est à refaire.
Et c’est justement ce que voulaient les esprits des morts, une redistribution, casser le système élitaire et donner de l’oxygène à la démocratie. L’un des hauts commandements de cette concentration des richesses se trouvait au 740 Park avenue, New York, USA. Les esprits des morts avaient dans leur ligne de mire ce luxueux bâtiment de Manhattan. Mais soyons patients.
Voilà la philosophie même de l’opération Thunderbolt qui allait entrer dans une nouvelle phase que nous expliquait Steve Jobs par la voix de Lucas Cranach senior, son médium attitré.

Nous étions réunis dans la minuscule maison de l’éclusier prés des piliers du pont du Boulevard Morland à un pas du bord de Seine.
Hi Sin! Allume donc l’iHoloPhone laissé par Scotty (Scott Forstall). Il est reparti à Cupertino et fait noter les lieux des incendies sur un plan très précis, cette fois... (Steve faisait une allusion méchante à l’échec de Scotty dans la conception du logiciel Plan qui devait concurrencer Google Earth.)
Mais nous savions à présent qu’il avait loupé le coche simplement parce qu’il travaillait secrètement et d’arrache pied sur l’iHoloPhone au sein d’Apple.
Cette fois Scotty ne va pas merder, continua Steve Jobs... il fait noter chaque emplacement où se produit un incendie allumé par les billets. Friends, nous aurons ainsi, un utile corruptomètre.

L’image bleuâtre de Steve apparaissait au-dessus de l’iHoloPhone. Il nous regardait tout en nous parlant avec la voix de Lucas Cranach senior. J’ai tout de suite vu que ce système n’était pas du tout , une image d’un côté et une voix de l’autre.
Steve semblait deviner mes pensées. Pour le moment on ne peut pas intégrer Lucas Cranach senior dans l’iHoloPhone, dit-il avec regret. Mais je vais en parler à Scotty. Il est relativement de bonne humeur un jour par an mais je ne sais jamais quand.
Lucas Cranach senior n’avait pas aimé cette idée d’être intégré dans un iBidule.
L’hologramme de Steve s’animait mais Lucas ne disait plus rien, nous avions l’image mais plus le son. Le médium était fâché.
Puis la voix Lucas/Steve dit OK , excuses-moi Lucas, je vais abandonner cette idée.

Maintenant que notre corruptomètre est en place, on peut continuer, déclara Steve. Scotty  va sortir une application gratuite téléchargeable sur l’App Store. Ainsi chacun pourra avoir sur sa tablette ou son téléphone portable une application de localisation géographique des corrompus et des filous qui ont pris feu.
Je me demandais vraiment comment Steve avait pu obtenir tout cela de Scott Forstall. Scotty était une vraie teigne.

Steve poursuivait. Scotty y mettra leur adresse et leur téléphone en clair. Cette application gratuite «Rotted» (pourrie) aura une version pour les journalistes avec biographie complète des intéressés, école, diplômes, revenus déclarés, job officiel, activités occultes repérées, adresses et résidences secondaires, type de voiture avec le numéro d’immatriculation, numéro des comptes dans les paradis fiscaux, copains les plus en vue, amis politiques, mafieux et syndicaux, liens avec Goldman Sachs, Standard & Poor’s, trafiquants de drogue mexicains, proxénètes, milliardaires du Golf, roitelets et seigneurs de la guerre africains, vendeurs d’armes, membres du PC chinois, and so on.

Mais maintenant, en attendant, sortons l’armada. Ce seront des billets de 500 euros traités par d’excellents chimistes, scrupuleux dans leur cuisine comme Walter White dans Breaking Bad. Bon, le monde des esprits suit aussi les séries qui passent à la télé.
Regardez dans la pièce du fond, un million de billets de 500 euros vous attendent, notre invisible armada va appareiller.
Steve et les esprits des morts ne plaisantaient pas. Maintenant ils avaient mis le paquet. Cinq cent millions d’euros. Deux palettes de biftons.
Nous avions compris que ce job était pour notre .

(à suivre)

lundi 26 novembre 2012

Phase deux Thunderbolt, les dégâts - 70° épisode.


Nous avions livré cinq cartons au conseil d’administration restreint de la Société Générale à Paris. Ils contenaient dix millions de $ en coupures de 20$, ces fameuses coupures sur lesquelles figure le président Andrew Jackson, un massacreur d’Indiens mais aussi le premier homme politique à s’être dressé contre le pouvoir des banques. Décidément ce monde des vivants nage dans l’équivoque.

Il ne nous restait plus qu’à attendre la phase deux de l’opération Thunderbolt. Le temps que les banksters parisiens mettent les billets dans des boîtes à chaussure pour livrer les primes, bonus, pots de vin et provisionnent les évasions fiscales.

La une du Parisien titrait:«Deux vice présidents de la Société Générale blessés». Un témoin déclare au journaliste: j’ai vu entrer samedi vers 21 heures deux hommes accompagnés de deux jeunes femmes. Ils se sont mis au bar de très bonne humeur. Quand brusquement, je ne sais pour quelle raison, les deux hommes tapaient sur leur poitrine comme pour éteindre un feu qui s’est déclenché sous leur veste. Le barman leur a sans doute sauvé la vie en les aspergeant abondamment d’eau de Seltz. Mais leur veste continuait de brûler. Ils les jetèrent au sol. Mais voilà que le feu avait pris dans leur pantalon. Ils l’enlevèrent aussi. Tandis que vestes et pantalons se consumaient au sol, soudain l’une des jeunes femmes cria, éclata en larme, son sac à main avait prit feu. Ils avaient garé leur Porsche devant le bar sur le trottoir. Une épaisse fumée montait de la voiture».

Le Figaro «Dimanche. Incendie sans doute criminel de la villa du président OUDEA» Dans la matinée de lundi un violent incendie s’est déclaré dans la villa du président de la Société générale. Le feu a rapidement gagné toute la villa. On ne déplore aucune victime mais les dégâts sont importants».

Le Monde «Le monde de la finance en émoi après une série d’embrasements. Deux vice présidents de la Société générale et leur secrétaires commotionnés dans un bar de l’Opéra pris en charge par les Pompiers de Paris samedi soir, lundi matin une dizaine de cadres de la banque se sont mis littéralement en feu sur un trottoir du Boulevard Haussmann, tous ont abandonné leurs vestes, certains couraient nus et se sont réfugiés dans un café, lundi après-midi quinze coursiers de la Société générale ont perdu leur véhicules de livraison qui se sont mis à s’autoconsumer, mardi matin panique à Roissy où une délégation économique mexicaine de la banque Bananex, partenaire de la Société générale en Amérique du sud, a perdu tous ses bagages détruits dans un épais nuage de fumée».

Libération : «Le sénateur Dubralong s’enflamme. Étrange incident mardi après-midi à la commission de moralisation de la vie économique présidée par le sénateur écologiste, Robert Dubralong. Vers 15 heures, le sénateur venait d’ouvrir une séance de sa commission qui travaille depuis trois ans sur le rapport MVE (moralisation de la vie économique) quand brusquement une épaisse fumée noire est sortie de la salle des commissions du Sénat. Six sénateurs et deux secrétaires parlementaires ont surgi dans les couloirs les vêtements en feu. Les appariteurs ont éteint les serviettes et les mallettes encore posées sur les tables. Le sénateur Dubralong et ses collègues ont été pris en charge par le SAMU et une aide psychologique leur a été apportée.
Cet incident est incompréhensible déclara le sénateur Dubralong, les équipements du Sénat sont vétustes et il faudrait quand même un jour qu’on rénove les salles des commissions et qu’on sorte de cette logique d’économies à la petite semaine insignifiantes et ridicules même par ces temps de crise».

Les Echos «Une commission paritaire au MEDEF interrompue par un violent incendie. Mercredi matin vers 11 heures au siège du MEDEF, la C2P2ERDS, la commission paritaire pour l’emploi et la revalorisation des salaires, présidée cette année par M. Lachrien, CGT, a été interrompue par un incendie. Tous les membres de la commission ont jeté leurs habits dans les bureaux du premier étage qui ont pris partiellement feu. M. Lachrien et son homologue du MEDEF, M. Donnerien ont tenu une conférence de presse qui a dû être annulée car l’un des journalistes présents s’est spontanément transformé en torche humaine. Heureusement le SAMU, encore sur place, a pu intervenir et notre confrère a juste perdu sa veste. Lors de la conférence de presse qui a enfin pu se tenir quelques heures plus tard, M Lachrien, CGT, s’est interrogé sur la nature de cet incendie en se demandant s’il n’y avait pas derrière cet attentat une criminelle manœuvre des grandes puissances d’argent. M. Donnerien, vice président du MEDEF, a évoqué, lui, une action de sabordage visant à empêcher la publication du rapport sur la revalorisation des salaires sur lequel la commission paritaire nationale travaille depuis six ans».

Jeudi, vendredi, samedi, à chaque jour un nouvel embrasement, là à l’Assemblée nationale, là-bas  dans des ministères, une dizaine de splendides maisons de Neuilly ont été la proie des flammes, des feux se sont déclarés aux sièges de l’UMP et du Front national. Plusieurs grandes rédactions parisiennes ont été la proie des flammes. Les chaînes de télévision n’ont pas été épargnées et même sur un plateau de télévision un intervenant a pris feu en direct.

Steve Jobs nous a réunis dans la maison de l’éclusier entre les piliers du bassin de l’Arsenal et de la Seine.

Un fin de semaine chaude, dit-il par la voix de Lucas Cranach senior. Et il s’obstina à continuer en français, quand on plie la billet, amazing, elles brûlent. C’est un invention de mon père adoptif très bricoleur, on trempe la billet dans une bain d’un liquide pas visible, le réaction chimique produit le flamme dès qu’on la plie. Maintenant, friends, passons à la phase trois.

(à suivre)

mardi 20 novembre 2012

Phase un «Kerviel» de Thunderbolt - 69° épisode.


A une centaine de mètres de l’amarrage de l’Alouette, la minuscule maison d’éclusier, coincée à droite sous les ponts en sortant du Bassin de l’Arsenal vers la Seine, entre les piliers du Boulevard Morland et ceux de la station de métro Quai de la Rapée, était devenue le quartier général de l’opération Thunderbolt déclenchée par le monde des esprits.

Nous étions en réunion et l’esprit de Steve Jobs nous parlait par la voix de son médium, Lucas Cranach senior. Et l’iHoloPhone reproduisait ses gestes.
Maintenant que Scotty est parti (Steve parlait de Scott Forstall), passons aux choses sérieuses et détendez-vous.
La première opération sera de s’attaquer à la Société Générale. Une cible intéressante. Votre mission consistera à placer ces cinq cartons remplis de billets de 20$, vous savez ces billets comportant l'effigie d’Andrew Jackson celui qui a trahi les traités passés avec les Amérindiens et ordonné leur déportation à l’ouest du Mississippi et leur esclavage. Un sale type qui a déshonoré les USA. Évitez comme les Indiens de glisser un billet de 20$ dans votre portefeuille.
Et bien, là il y en a 500.000 dans ces cinq caisses soit pour dix millions de $. Vous allez livrer ces caisses aux dirigeants de la Société Générale et voici comment...

Quelques semaines plus tard, nous étions prêts à débarquer au conseil d’administration de la Société Générale qui se tenait alors au siège de la banque au 29 Boulevard Haussmann à Paris, France.

Nous avions appelé cette opération «Kerviel» en hommage au trader auquel la grande banque essayait de faire porter le chapeau de ses indélicatesses. Celles de ce bonhomme n’avaient aucune commune mesure avec les pratiques spéculatives nuisibles à très grande échelle de la banque. Tout un chacun savait que ces manipulations financières avaient précipité la vie économique dans les pires turpitudes qu’on appelait «crise» et qui n’étaient rien d’autre que le résultat d’un piratage en règle par une poignée de requins goulus qui s’imaginaient appartenir à l’élite.

Steve Jobs était intervenu fermement par la voix de Lucas Cranach senior : vous n’avez pas à appeler cette opération «Kerviel», arrêtez de semer la confusion, le mix marketing est une chaîne de cohérence, nous nous trouvons bien dans le cadre de l’opération Thunderbolt et «Kerviel» n’a rien à faire ici, le pauvre. J’ai horreur de ce genre d’initiative...
On aimait bien quand Steve se mettait en pétard mais qu’importe puisqu’il était mort.

Gwladys Brunoni était franchement irrésistible dans son tailleur gris perle et je la suivais dans mon costume trois pièces noir. Nous avions fait venir nos habits de fringants banquiers internationaux en direct d’un tailleur de la City de Londres.

Je suis attendue par Mister OUVEA. Je suis Jennifer Blankfein. Elle remit sa carte de visite «Jennifer Blankfein, Special Advisor , Goldman Sachs, 200 West Street New York 10282 United States tel 1-212-902-1000 e.mail jblankfein@gs.com».
Nous étions attendus et Gwladys prit un air pressé, le genre qui ne s’attarde pas au détail, présentations rapides, échange de cartes de visite, à l’américaine.
Avec un accent anglais à couper au couteau elle dit, mon oncle Lloyd, m’a demandé de vous livrer en direct les 10 millions de $ que nous vous devons. Tonton veut honorer sa signature et celle de Goldman Sachs, vous comprenez.
OUVEA parut étonné. Pourquoi livrer ici même tout cet argent en petites coupures? Pourquoi ne pas passer comme à l’ordinaire par les Iles Caïmans?
Le président Lloyd Blankfein, mon oncle, estime que depuis quelques temps les fonctionnaires américains et européens chargés de la surveillance des flux financiers se réveillent un peu trop fort. Alors pour vous éviter le moindre ennui, je suis chargée de ces livraisons. Elle se retourna vers moi. Bill, faites monter ici les cinq cartons. Ne vous effrayez pas, pour ce genre d’affaires nous sommes obligés d’avoir des gens avertis, vous le comprenez.
Arrivèrent par l’ascenseur privé, Lucas Cranach senior et Garry, costumes noirs, petit renflement à peine visible du côté gauche de leur veste mais un œil exercé devinait la présence d’un Glock dans son étui. Ils apportaient chargés sur un diable élégant et flambant neuf, carton après carton.
Thanks Dick and Perry, dit Gwladys-Jennifer.
Et ils ouvrirent l’un des cinq cartons, chacun de la taille d’un frigo.
Ce sont des billets usagés de 20$. Le compte y est: 100.000 billets par carton, 500.000 billets de 20$ soit 10 millions cash utilisables sans aucune réserve, dit-elle avec la voix d’un expert comptable présentant un bilan bien ficelé aux actionnaires.

A la vue de cet empilement de billets, les membres de l’équipe resserrée de dirigeants de la banque, furent comme électrifiés. Leur regard devint humide. Je crus un instant qu’ils allaient tous fondre en larme.
Voilà messieurs, mon oncle le président, Lloyd BLANKFEIN, s’excuse. Nous ne pouvons plus faire autrement en attendant que les choses s’arrangent.
C’est un peu gênant pour nous, dit OUVEA. Et il s’adressa à ses proches. Nous allons donner les primes et les bonus dans des boîtes à chaussure cette année, ajouta-t-il avec cette soumission et cette bonne volonté qu’on doit naturellement au grand patron de la banque la plus puissante du monde.
Évidemment il se pliait aux exigences du président de Goldman Sachs qui avait affirmé dans les journaux économiques «faire le travail de Dieu».

Bien Messieurs, nous vous demandons de ne faire mention de cette livraison ni par téléphone sécurisé, ni par tout autre mode de communication,. Pour le moment attendez les instructions. Et Gwladys-Jennifer nous invita à rejoindre l’ascenseur. Elle m’empêcha d’un geste discret à emporter le diable flambant neuf qui resta donc sur place à mon grand regret.
En chœur les banksters parisiens: thank you, best greetings to mister Blankfein. Bye.

Une limousine noire nous attendait devant la banque, nous fîmes semblant d’échanger quelques mots en prenant notre temps nous sachant observés. Puis nous montâmes dans la voiture et descendîmes le Boulevard Haussmann. La phase un de l’opération «Kerviel» s’était déroulée comme sur des roulettes.

lundi 12 novembre 2012

iHoloPhone - 68° épisode.

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Après cette grande convention spirite au cours de laquelle se sont exprimés JPM, Winston Churchill, Saint Joseph de Cupertino, Romain Gary, Albert Camus et Karl Marx, nous connaissions à présent les enjeux de notre mission dans l’opération Thunderbolt, coup de foudre.

Pour résumer et sans relancer ni débats ni analyses, nous devions favoriser l’émergence d’une nouvelle manière de voir le monde qui serait en rupture avec la société de la finance sous tous ses aspects. L’opération sera dirigée par Steve Jobs, ce qui est pour le moins étonnant quand on a connu cet homme de son vivant. Il n’avait alors qu’une seule idée en tête, Apple point barre.
C’était lui le patron délégué par les esprits dans la lutte contre la financiarisation. Lui, ce (ex) grand bourgeois californien comme l’avait appelé Karl Marx sans barbe.

Du côté de la convention spirite du Bassin de l’Arsenal, tout s’était bien passé loin du moindre témoin.
Les 3.856 esprits des morts se sont dispersés et nous n’avions aucun dégât à constater. Pas de banc renversé, pas de vitres brisées, sans le moindre bruit de chaîne, cris d’effroi, lugubres chuchotements, ni de coups sourds dans les murs. Les esprits des morts s’étaient bien conduits. Une fois n’est pas coutume.

Lucas Cranach senior nous rappela que nous avions rendez-vous avec Steve Jobs et le lendemain nous nous retrouvâmes à l’endroit dit, à une centaine de mètres de l’amarrage de l’Alouette, une minuscule maison d’éclusier, coincée à droite sous les ponts en sortant du Bassin de l’Arsenal vers la Seine, entre les piliers du pont du Boulevard Morland, du pont du métro près de la station quai de la Rapée. Une minuscule bicoque avec les restes d’un microscopique jardinet par devant que nous avions cru abandonnée aux squatters nombreux sous cet enchevêtrement de piliers offrant les refuges du soir.
Gary passa le premier et pénétra dans la bicoque peu engageante. La porte fermée dernière nous, une douce lumière baignait une large pièce blanche. Nous avions face à nous Steve Jobs avec son Jeans et son polo Issey Miyake, son fameux black turtleneck, en lumière bleuâtre.

Hi, friends, ne m’approchez pas de trop près. Ce que vous voyez n’est qu’une représentation hologramme, si vous me touchez, vous passerez au travers, amazing no? Sur une table de réunion un iPhone, un peu plus épais qu’un iPhone5 ordinaire, et de là sortait l’hologramme de Steve Jobs haut d’une trentaine de centimètres.
Le dispositif a été imaginé par Scott Forstall. Ils l’ont viré, c’était et ça restera un foutu sale caractère, continua Steve. Je me demande comment il a pu rester aussi longtemps avec Tim Cook. Scotty? Scotty, viens!
Scott Forstall se leva de derrière un iMac. L’ex architecte des systèmes d’exploitation d’Apple. L’homme des logiciels.
Comme c’était un type aux rapports inter individuels reliés de papier émeri, il ne dit rien, surtout pas bonjour et nous ignora. Il contemplait l’hologramme de son ancien mentor, de l’homme qu’il avait admiré et chéri. Il s’assit et pleura.
Je me risquais en anglais : excusez-moi, Monsieur Forstall, vous êtes là depuis longtemps? Voici l’équipe en charge de l’opération que dirige Steve Jobs depuis le monde des esprits, l’opération Thunderbolt.
Il ne leva pas la tête et me regarda rapidement en biais. Je me sentais immédiatement complètement stupide, inutile et sot. Tellement son regard était de travers


IHoloPhone.


J’ai trouvé ma mission dans une enveloppe chez moi en Californie, raconta-t-il sans nous regarder. Et tous les matins dans ma boîte aux lettres une nouvelle instruction signée par Steve Jobs. C’est illogique et impossible!
Dans mes rêves, vous comprenez ça, dans mes rêves, Steve m’expliquait ce qu’il fallait que je fasse, cet iHoloPhone, les dispositions des lasers, la programmation des hologrammes, c’était irrésistible, je n’avais plus la tête au boulot à Cupertino, j’ai tout loupé, le logiciel de SIRI, loupé, mon grand projet de doubler Google Earth, Plans, le mauvais plan, loupé (*).
Je faisais travailler les équipes sur l’iHoloPhone. Ils ne le savaient pas à Cupertino que toutes les équipes étaient mobilisées sur cette affaire là. Chez Apple tout est tellement cloisonné que personne ne se rend compte de ce qui se bricole dans les labos. Tim Cook m’a demandé des comptes, il s’est énervé. Il a exigé mon départ. J’étais foutu dehors mais le projet était prêt, il est là dans cette baraque minable sous ces ponts moches de Paris où personne ne pourra nous retrouver. J’ai fait refaire les peinture et aménager cette maison de l’éclusier.
Sur la dernière lettre que j’ai reçue hier, il est dit qu’un commando allait prendre possession des lieux, trois types et une fille. C’est donc vous les minables. Vous comprenez que je n’ai jamais entendu Steve que dans ma tête depuis qu’il est mort, il contenue de me donner des instructions.
Ton calvaire est fini dit Steve par la bouche de son médium préféré, Lucas Cranach senior.
Et son hologramme bleuté montrait du doigt Scott Forstall. Ecoute moi bien Scotty et arrête de pleurnicher. Malgré ton fucking caractère, tu vas travailler avec cette équipe. Je n’ai pas pu te parler parce que les esprits ne le peuvent pas. On peut juste faire bouger une plume sur une feuille de papier. Maintenant mes instructions viendront par la bouche de mon médium Lucas.  Bien. Asseyez-vous, on commence la réunion. Sur son hologramme, Steve avait l’air en forme.
Toi Scotty tu vas retourner de temps à autre à Cupertino donner un coup de main à Tim pour Apple. Mais tu ne te confrontes pas avec Jonathan Ive, pas d’injures inutiles, c’est clair? Tu le laisses faire. Il a de bonnes idées. Et il est plus sympa que toi avec toutes les équipes. Je veux qu’on retrouve un peu de peps dans cette boîte qui ne fait que du fric si ça continue comme ça. Je veux du nouveau!
Ok Steve, dit Scott Forstall qui se leva et parti sans nous dire un mot et sans un regard.
Ouf... lui sorti de la pièce, l’ambiance était devenue détendue. Ce type a vraiment une incroyable manière de propager des mauvaises ondes.
Oui sans doute, dit Steve, mais c’est un type génial.
Bon les amis, maintenant on va travailler.
Nous regardions tous l’hologramme de Steve bleuâtre et ionisée.
Nous regardions ce nouveau iBidule, l’iHoloPhone, génial, mais à quoi ça peut bien servir?

(à suivre)

(*) Scott Forstall est né en 1968. Il est diplômé de la Stanford University. Il travaillait pour Steve Jobs chez NeXT et a rejoint Apple en 1997. Il a été l’architecte avisé du système d’exploitation d’Apple, Mac OSX et iOS des iBidules. Etait en charge de SIRI, le truc parlant, des derniers smartphones et tablettes pommés. Responsable de Plans, un logiciel de localisation GPS. Est doté d’un très mauvais caractère.


lundi 5 novembre 2012

L'opération Thunderbolt - 67° épisode.

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La convention spirite battait son plein sur les quais du Bassin de l’Arsenal, Paris.
Steve Jobs venait de dévoiler le nom de l’opération, Thunderbolt (*), coup de foudre.
Et nous avions vite compris que nous étions désignés, Lucas Cranach senior le médium, Gary le pistoléro, Gwladys mon amour et moi, par la bande des mille du monde intermédiaire comme les exécutants de l’opération lancée auprès des vivants.

Maintenant les esprits des morts étaient partout, sur le toit de la capitainerie du port, sur les bateaux amarrés, sur l’eau, sur le pont au-dessus de l’écluse, dans l’air. Ces milliers d’âmes de morts, illustres ou inconnus, formaient un nuage opalescent.
Lucas Cranach senior donnait une voix à cette masse spirite. Gary surveillait le pont au-dessus de l’écluse et Gwladys appuyée contre le mur de la capitainerie, prête à dégainer son Glock.

Je vais passer la parole, dit Steve, aux uns et aux autres, en vous priant de parler lentement afin que Lucas Cranach senior, notre médium, puisse être notre porte voix d’une manière compréhensible pour nos amis.

Jean-Paul Machin! Annonça Steve. La parole est à JPM!
Je tiens à rappeler que Jean-Paul Machin est cet homme qui avait obstinément refusé la minute de gloire universelle promise par Andy Warhol à tout humain du système médiatique mondialisé.
Et JPM parla. Mes amis, voilà les faits. Le monde des vivants est bloqué. Les hommes sont de nouveau prêts à se déchirer, s’entretuer au nom du fanatisme religieux, du nationalisme, de conceptions raciales ou de principes idéologiques. Et leur propre vaisseau spatial, la planète terre, se détériore de mois en mois dans l’indifférence générale. Les démocraties se pervertissent, l’éthique individualiste prédomine, l’ennui de vivre s’étale ...

Well! Well! interrompit Winston Churchill. OK, JPM. Il est important que nos efforts se portent vers les trafiquants en tout genre en rendant invivables tous les paradis fiscaux. Je n’ai plus la RAF pour les bombarder. Et l’opération est délicate. Car le ver est dans le fruit. Dans nos villes mêmes s’opèrent les plus grandes complicités avec ce système de trafiquants d’armes, de drogues, d’êtres humains, de capitaux, de dettes, d’idées politiques erronées et mensongères...

Sans aucun doute, lança Wolfgang Amadeus Mozart, leur musique s'appauvrit, la culture s’effiloche, bavardages télévisuels, ragots de l’Internet. J’aimerais faire revenir ma Reine de la Nuit, enchanter les flûtes, faire mourir d’amour les sopranos dans d’intenses trémolos...

Oui maman, je donne aussi notre avis, dit Romain Gary à sa maman. Voilà, compagnons. Ce monde ne tient plus aucune promesse, les hommes renoncent à manger les étoiles, à croquer le ciel. De cette apathie naît la haine de soi, des autres, du monde.

Il nous faut une trêve, s’écria Saint Joseph de Cupertino, l’homme doit voler, s’envoler, survoler. Non pas des paysages de ruines mais des fresques d’harmonie, une infinité de points de vues confrontés, divergents... 




 Venere degli stracci (Vénus aux chiffons).

de Michelangelo PISTOLETTO. Sculpture et chiffons, 1967, Tate Gallery de Londres.
PISTOLETTO est l’un des acteurs du mouvement Arte Povera qui, à partir des choses banales produites par nos sociétés modernes, préconisait de privilégier le geste créatif à l’objet crée pour défier notre culture industrielle sur le modèle de la guérilla.


Bien dit, Pépé. Faut y aller. C’était Albert Camus. Une vague peste s’infiltre par tous les pores de ce monde des vivants. Nous n’avons pas à être étranger à nous-mêmes, refusons la séquestration, donnons de l’espoir à Sisyphe!

Et surtout, intervint Albert Einstein, restons rigoureux. Essayons d’introduire une distorsion temporelle, une nouvelle courbure dans l’espace temps...

Das ist kapital. Mais qui est donc cet inconnu qui se tenait luminescent au bord du quai du Bassin de l’Arsenal? Voyant notre étonnement, Steve Jobs le présenta. Folk’s, amazing, Karl Marx ! A Karl Marx without barb.
Pour la première fois depuis sa mort en 1883, Karl Marx prit la parole. Physiquement impossible à reconnaître sans sa barbe. Les esprits des morts, à moins de faire d’importants efforts, apparaissent aux vivants sous la forme qu’ils avaient avant de mourir. En principe.
Ja, ich bin Karl Marx. J’ai décidé de vous apparaître sans ma barbe. C’est ainsi. On a commis trop de crimes, trop de bêtises en mon nom. Je renie tous les mouvements politiques qui disent s’inspirer de moi! Tous ces paresseux qui ne peuvent penser sans modèle. Qui ne peuvent pas penser par eux-mêmes!

Ach, mein Sohn! C’était Meier Halevi Marx, le grand-père rabbin de Karl. Enfin nous nous retrouvons mon cher petit-fils, mon enfant.
Papy! Cria Karl.
Il y eut un moment de grand silence.

Ja, reprit doucement Karl. Ce n’est pas une question de lutte des classes mais d’une lutte des frasques, dans le sens d’un incommensurable écart de conduite de l’humanité. Je pense comme Malthus que la question de la nouvelle démographie est capitale. Les vivants sont trop nombreux, demain 10 milliards. L’explosion démographique donne un net avantage à la Chine et à l’Inde. Une réserve de main d’œuvre à très bon marché presque inépuisable. On n’a jamais vu cela depuis l’ancienne Égypte, du temps de la construction des pyramides.
La classe dirigeante chinoise est contrainte de s’imposer sur la scène internationale si elle ne veut pas être balayée par la multitude.

La Chine a déjà mis la main sur les terres arables africaines, les terres agricoles du Cameroun, du Mozambique. Elle a pris le contrôle des mines de toutes sortes et possède plus de 7% de la dette européenne et acquiert des parts de plus en plus importantes de la dette américaine et de ses banques prédatrices comme Morgan Stanley et Goldman Sachs.

L’émergence de la Chine a créé une nouvelle redistribution des zones d’influence. Un colonialisme du carnet de chèque plus efficace que les colonialismes anciens portés par les baïonnettes qui exploitaient les dissensions internes des sociétés colonisées.
L'Europe se dispute lamentablement et n’arrive pas à se construire en fédération politique et les Nations Unies vont d’échec en échec comme la Société des Nations, créée en 1919, qui n’a pas su empêcher la deuxième guerre mondiale.

Voilà les enjeux de l’infrastructure idéologique marqués par la rareté des ressources, la détérioration climatique et la formidable pression démographique. Sur cet état se greffe la volonté de puissance de la bourgeoisie communiste chinoise et de ses alliés occidentaux.
Mais il y a bien plus grave: le cycle des réincarnations est précipité. La démultiplication démographique affole le mécanisme des réincarnations. Certains ici à peine décédés auraient dû se réincarner. Heureusement que nous avons résisté afin de retarder notre réincarnation,  le temps d’une maturation nécessaire de nos consciences, bénéfique à l’ensemble. Le système que le grand bourgeois capitaliste, Steve Jobs, appelle l’operating system, le système opératoire, l’OS de l’éternel retour, est faussé, poussé à ses limites...

Hi, Karl. Tu me retires ce grand bourgeois capitaliste et ces bourgeois chinois et leurs alliés occidentaux, c’est d’un ringard...

Entschuldigung, Steve, je n’ai pas encore reprogrammé mon vocabulaire depuis mes manuscrits de 1848. Sur le fond, je ne retire rien, sinon que la révolution ne sera jamais communiste et que la dictature n’amène rien de bon... aber Steve, mein Freund, toi tu restes un grand bourgeois californien, tu n’es pas de cet avis grand-papa...

Le grand-père rabbin de Karl Marx lui dit, mein Sohn, sois donc moins agressif, je suis sûr que tu aurais adoré les belles voitures de Steve.

Meine Herren! C’était Albert Einstein. Au lieu de vous chipoter, ce que je trouve personnellement très amusant ayant bien connu le stalinisme, mon cher Karl, qui s’est caché derrière ta barbe comme le maoïsme qui a créé ta bourgeoisie dirigeante chinoise, et bien réfléchissons comment pouvons nous faire travailler utilement ces quatre vivants que nous venons d’enrichir de quelques millions d’euros afin qu’ils exécutent le plan que nous avons mijoté.

Je propose que ce soit Steve Jobs qui soit leur correspondant. Nous resterons derrière lui pour assurer l’intendance ayant ce grand privilège de connaître ce qui se passe dans le monde des vivants une petite heure en avance par rapport à eux. Mais nos capacités prévisionnelles d’anticipation n’excèdent pas les soixante minutes, d’ailleurs cela s’explique, c’est une question de vitesse, de rapport espace-temps, que je pourrais peut-être rappeler, puisque j’en suis quand même l’inventeur du temps qui se dilate et se contracte ...

OK Albert, je crois que ce n’est pas la peine, ils n’ont toujours rien compris à tes courbures spatio-temporelles. C’était Steve.

Albert Einstein s’adressa à tous les esprits : quelqu’un d’entre vous voit-il un inconvénient à ce qu’on laisse Steve Jobs conduire notre opération Thunderbolt?

Lucas Cranach senior n’entendit pas la réponse, entendre 3.856 esprits dire en même temps «oui» est absolument insupportable pour un médium, même très entraîné comme lui. Les esprits des morts le savent. Ce qui est sûr, il n’y eut aucune voix contre.

(à suivre)

(*) Du nom d’un nouveau format de connexion informatique conçu par Intel. Il permet de brancher plusieurs périphériques, écrans, disques durs externes, etc. simultanément avec une vitesse de transmission allant jusqu’à 100 gigabits par seconde sur le principe des déplacements de photons et non d’électrons. Cette connexion devrait passer du cuivre à la fibre optique et remplacer les connexions classiques comme le FireWire, l’USB ou l’Ethernet. Cette connexion existe à présent sur tous les Mac mais les autres constructeurs devraient l’adopter.