Edvy Plesnel est excédé. Sa maman évite d’aller au marché et se fait livrer à la maison pour éviter de croiser ma mère si fière de son fils et prête à revoir cette affaire d’argent de poche, une discussion sans fin depuis des années entre elle et moi. Une heureuse issue en vue ?
L’audience des Chroniques vient de tripler grâce à la publication du complot d’Attila Uturgur contre Apple. Mais je tiens à préciser, particulièrement à Mediapart et à Rue89, que nous ne sommes pas à vendre. Enfin, tant que ma mère restera compréhensive. A la rigueur on peut me contacter pour un éventuel et hypothétique devis.
Rappelez-vous les explications du vénérable professeur Mehlang Chang, le célèbre économiste anthropopsychiatre, expert en psychologie comportementale et l’un des meilleurs clinicien jobsologue.
Nous savons à présent comment Attila Uturgur, le chef des Antimacs, s’est constitué cette immense fortune qu’il a l’intention d’utiliser pour nuire à Apple. Mais pourquoi fait-il cela ? Tous mes confrères de la presse économique et psychiatrique s’interrogent sans apporter le moindre début de réponse.
Nous avons, nous, aux Chroniques de Cupertino, LA réponse. Et nous la dévoilons sans plus attendre car l’affaire est gigantesque.
Voilà le scoop, un troublant témoignage d’une dame que nous nommerons ici Mar.Y :
« J’étais dans ma cuisine quand on ma annoncé la mort accidentelle de John, mon mari.
Il venait de succomber sous un rouleau compresseur aplati avec un Mac en bandoulière, très mince, un modèle que personne ne connaissait à l’époque.
Ce Mac est passé sous le rouleau et n’avait aucune égratignure tellement il était mince, vous vous rendez compte ?
J’avais les mains dans la farine et ils m’ont glissé le Mac sous la porte. J’y ai d’ailleurs immédiatement trouvé la recette d’un crumble que je cherchais depuis des jours.
Ce Mac n’avait pas bougé sous le rouleau. Mais je ne vous dis pas l’état de mon pauvre John.
Nous habitions alors à côté de Cupertino et j’ai fait savoir à Apple que j’avais un de leurs ordinateurs qui n’était sur aucun catalogue. Personne ne voulait me l’acheter de peur de passer pour un gogo.
Ils sont venus rapidement récupérer le Mac et m’en ont donné un autre, un vieux MacBook Pro reconditionné rayé et plein de taches de feutres et de stylos à bille. Sont un peu radins ? Non ? Mac, c’est écossais, non ?
Mais j’avais bien vu quelques temps après, que le Mac qui avait accompagné John dans son mortel amincissement, n’était pas un modèle courant.
On n’avait jamais su comment John était passé sous ce rouleau. Il quittait rarement les champs de courses.
Jamais il n’aurait mis les pieds sur un chantier, ni fréquenté une machine de terrassement, il détestait salir ses chaussures en crocodile que j’ai bien revendues à la brocante de garage d’une voisine.
Je pense aujourd’hui que mon John a été purement et simplement assassiné. Car il en savait trop.
La mère de sa première femme était assistante sociale à l’époque où la Californie n’était pas encore en faillite et disposait alors d’un orphelinat qui fonctionnait.
Un jour, me confia John, elle avait à placer deux enfants dont les parents, un Syrien je crois et une américaine d’origine suisse, voulaient se débarrasser. L’un a pu être placé à Mountain View chez une arménienne et son mari, un certain Jobs, mais l’autre frère, l’ainé, était vraiment moche, personne n’en voulait. Il avait été placé dans une famille en Ukraine qui payait cash. Et John avait vraiment besoin d’argent, le pauvre.
John m’avait dit qu’il tenait là un gros coup et qu’un Ukrainien extrêmement riche lui avait demandé de garder ça pour lui.
Mais John, vous ne le connaissez pas, est extrêmement bavard, surtout quand il boit. Je dis que c’est ça la raison de sa mort. Pas le whisky mais sa langue. Il en savait beaucoup trop. Ils l’ont aplati.
Et de plus, John ne connaissait rien, mais nada, à l’informatique. Il ne savait même pas ouvrir le couvercle d’un portable, pour vous dire. On lui avait donné ce Mac fin et plat juste avant son assassinat.
Un MacBook Air, j’en suis sûre à présent. Un MacBook Air d’avant le MacBook Air. Il le portait en bandoulière, disait le rapport de la police, quand le rouleau compresseur lui est passé dessus.
Mais diable, que pouvez bien faire John à côté d’un rouleau compresseur avec un MacBook Air en bandoulière qui n’était même pas commercialisé alors qu’il savait à peine à quoi servent les ordinateurs ?
John, dans sa vie, est passé loin de l’informatique, c’était son côté poète décalé que j’aimais tant quand il était à jeun de temps en temps et qu’il ne me battait pas.
Rien ne colle dans cette affaire, comme vous voyez. Je vous en supplie, ne me citez pas. Je crains pour ma vie. Mais faites le chèque de soutien à mon vrai nom. Merci, et pas de photos, s’il vous plaît. »
Et Mar.Y ajoute en sanglotant : Je sers des yogourts à la boutique Fraiche d’Emerson Street. Depuis la mort de John, je ne suis plus obligée de faire des heures supplémentaires pour rembourser ses dettes. Je remercie Patama de m’avoir embauchée et j’en ai marre du bouffer des yogourts macrobiotiques. J’ai connu Steve Jobs qui venait souvent au restaurant. Je peux vous vendre une interview et vous saurez comment il engloutissait les yogourts en traitant les gens de gros nuls. Ca vous intéresse ? Vous pouvez en parler mais ne donner pas mon nom de famille et ne parlez pas des horaires de mon service. Appellez-moi Mar.Y, c’est plus joli que Mar.X, non ?
Attila Uturgur serait donc le frère caché de Steve ? Non, ce n’est pas possible. Nous ne pouvions y croire, comme vous. Et pourtant.
Cela expliquerait la haine de ce monstre ? Ses sombres menées contre Apple ? L’affaire d’Android, le système d’exploitation open source pour Smartphones copié sur Apple, c’est lui ! Rappelez-vous les colères de Steve qui voulait déclencher « une guerre thermonucléaire » contre eux. En fait contre son propre frère…
Steve savait. Il connaissait toutes les ficelles tirées par Attila Uturgur, son indigne frère de sang pétri de jalousie, vendu pour une poignée de dollars dans un pays de l’Est, un enfer gris peuplé de nationalistes, gouverné par la corruption, une zone hors la loi que personne en Californie, comme ailleurs, n’arrive à situer sur une carte. Alors que lui, Steve, a été accueilli par l’amour d’une vraie famille américaine dans le plus bel Etat des Amériques, la luxuriante, rayonnante, inventive, libre et riche Californie.
Attila a monté le plus grand système d’espionnage industriel jamais mis au point. Il collecte toutes les informations sur Apple et grâce à sa gigantesque fortune acquise frauduleusement, il déjoue les sécurités d’une des entreprises les plus secrètes du monde. Car chacun sait que rien ne sort de chez Apple, voyons.
Et si bien, qu’il s’empare même des prototypes comme ce MacBook Air accroché à John, l’exécrable mari d’une assistante sociale. John, un trafiquant de bébés, poussé sous le rouleau compresseur. Une double vengeance.
C’était un message clair : je sais tout et je suis capable de tout savoir sur toi. Et là on comprend la déstabilisation de Steve, cette manie de distordre la réalité pour oublier ce frère infâme, de s’en prendre à tout en chacun croyant qu’Attila, le frère maudit de l’Est, un pion bolchévique peut-être, était caché derrière chaque collaborateur d‘Apple et de traiter les gens de gros nuls ou de les injurier sans raison.
Les colères et inconduites légendaires de Steve s’adressaient à son indigne frère malfaisant et à ce qu’il représente : le monde en régression.
Comment peut-on haïr la vie et l’œuvre de Steve Jobs ? Les observations du vénérable professeur Mehlang Chang nous apporteront ses lumières dans cette immense obscurité qui brusquement menace le monde. Ce jobsologue reconnu nous livrera ses observations cliniques et nous l’écouterons fébrilement avec la délicatesse qui convient. Si vous le voulez bien, évidemment.