mardi 29 mai 2012

Mœurs des esprits dans l’au-delà, le monde de Steve Jobs - 44° épisode.


Dans les profonds sous-sols de l’Apple Store du Louvre, nous avions découvert le manège des Firewire. Ils s’étaient appropriés le pétrole de la nappe parisienne. Les catacombes leur offraient un merveilleux réseau souterrain. Ils nous ont assommé,  ligoté et présenté au boss local.
Quand je vis la porte s’ouvrir et apparaître James Smimoff Sputnik Stolichnaya Elastockovitch, mon ancien rédacteur en chef des Chroniques de Cupertino,  l’ancien d’Apple du service Marketing qui s’était emparé de la rédaction, je savais que les choses tourneraient mal.
James etc. Elastoc n’a jamais été un marrant. C’était un expéditif. Et pour lui, en amour comme dans la vie, fallait faire vite. Il tire sans sommation et ne s’attarde pas.
Sur ses ordres, Gwladys Brunoni m‘avait expédié voluptueusement une balle entre les deux yeux et une autre dans le cœur. J’ai eu une belle mort. Je ne m’en plains pas, comme j’ai déjà eu l’occasion de vous le dire, il y a pire.

Il faut maintenant que je vous briefe un peu sur le passage entre la vie et la mort. Une manière de tirer profit utile de la lecture des Chroniques. Toute peine mérite salaire, ceci à l’attention particulière des nouveaux lecteurs hésitants qui prennent en route cette ténébreuse affaire qui a débuté dans un garage en Californie il y a une quarantaine d’années  et qui ne devrait tout de même pas finir dans les catacombes de Paris, dans un nuage de pétrole et de dollars.

Mort, on quitte son corps comme on quitte un vêtement usé. C’est plutôt joyeux bien que ce terme joyeux ne veut rien dire pour un mort. Pour lui, les tristesses et les joies n’ont pas du tout la même valence que les sentiments des vivants. Vous allez vite comprendre les nuances.

Après la mort, rassurez-vous, il reste l’esprit. Différent de votre esprit actuel. Débarrassé de son enveloppe physique, l’esprit se déplace à la vitesse de la pensée partout, léger, volatile, pourvu d’un don de quasi ubiquité.

Les esprits peuplent les espaces des univers invisibles. Ils ont toutes les perceptions qu’on a sur terre sauf la douleur et le plaisir physique mais ressentent le reste d’une manière plus intense car rien ne freine leurs sensations étant débarrassés de la matière.
Bien qu’ils ne ressentent ni douleur ni plaisir d’origine physique, il y a bien sûr des esprits douloureux et des esprits lubriques. Ceux-là trainent pendant des éternités jusqu’au moment d’une subite réincarnation. La plupart subissent une réincarnation à rebours, dans le sens inverse du cycle, les uns en ânes bâtés et les autres, les lubriques, en lapins reproducteurs.
 
D’une manière générale, les esprits voient et entendent bien plus que ce que peuvent nous rapporter nos sens limités. Ils lisent dans nos pensées comme dans un livre ouvert. Nous pouvons cacher quelque chose à un vivant mais pas à un esprit qui s’intéresse à ce que nous pensons. Je dis bien qui S'INTÉRESSE à ce que nous pensons. Ils sont en effet attirés par les vivants qui leur portent de l’affection. Mais sont en général indifférents pour ceux qui les ignorent. Tous les esprits des morts ne lisent pas dans vos pensées. Il faut qu’il y ait une accointance a minima entre l’esprit d’un mort et un vivant. C’est une condition sine qua non.

Les esprits se manifestent aux vivants. L’opération est difficile et rate souvent car les vivants ne sont pas du tout préparés à cette correspondance avec ce qu’ils appellent l’au-delà. Il y a des vivants qui brouillent le contact n’ayant pas le don pour établir une telle relation et d’autres sont morts de trouille, ce qui ne facilite rien. C’est pour cette raison que les esprits préfèrent s’adresser aux vivants par l’intermédiaire de personnes douées de facultés spéciales qu’on appelle des médiums, des chamans, des sorciers.
Pour se manifester, ils se servent du souvenir de leurs corps, souvent de leur ancienne voix. Ils peuvent lire, écrire si pendant la phase précédente, donc durant leur dernière vie, on leur a appris à lire et à écrire. Énormément d’esprits lisent et écrivent depuis l’instauration de la scolarité obligatoire par Jules Ferry. Il est, cependant, peu probable qu’un néandertalien puisse vous transmettre autre chose qu’un dessin de tatouage ou un petit motif gravé, cependant il pourrait vous parler.

Les esprits ont vraiment beaucoup de mal à communiquer avec les vivants. En effet, les vivants ne sont pas capables dans leur ensemble de percevoir les messages des esprits. Un document écrit par un esprit n’arrivera pas facilement à passer aux vivants. Souvent les vivants s’imaginent avoir vu ou lu un tel document, c’est inscrit dans un souvenir de déjà vu ou vécu, ou encore rêvé. Ce qui montre toute la difficulté de la communication entre les esprits et les vivants. D’où la nécessité de disposer d’un bon médium ayant cette qualité rare de ne pas perdre de temps en décryptant instantanément les messages des esprits.

Les esprits s’emparent des médiums et déversent sur eux un courant fluidique.
Il n’y là rien de merveilleux, ni de particulièrement extra ordinaire. Ce sont les mises en œuvre de lois qui président aux phénomènes spirites de notre univers.

Les esprits sont aussi variés en caractères que les hommes.
Certains ne se manifesteront jamais et on ne sait pas trop pourquoi, sûrement parce qu’ils n’en ont aucune envie tout simplement.
D’autres ne loupent pas une occasion de revenir vers les vivants.
Il y a des farceurs, des boudeurs, des bavards, des méchants, des curieux, des scientifiques, des poètes, des indifférents, des paresseux et des nonchalants…
Un esprit n’est pas plus intelligent qu’il ne l’a été de son vivant, pas plus sot non plus.

Dans des cas plus rares, ils peuvent se manifester sous forme d’apparition. On en cite de nombreuses dans toutes les cultures de ce monde. Ils apparaissent alors sous la forme du corps qu’ils avaient lorsqu’ils étaient vivants. Sauf les farceurs qui adorent vous effrayer avec des tenues fantaisistes comme en Écosse ou au Danemark si on en croit ce que rapporte Shakespeare. Ils usurpent l’identité d’un parent décédé, une farce courante que Mozart théâtralise pour notre bonheur dans son merveilleux Don Juan.
On ne les aperçoit pas la plupart du temps. Et cela vaut mieux comme ça. C’est plutôt désagréable pour un vivant de croiser une apparition au moment où il rempli sa déclaration d’impôts, par exemple. Surtout si on a une faiblesse cardiaque et que l’esprit n’y comprend rien en déductibilité fiscale.

Revenons à notre affaire. J’aurais sans doute l’occasion de vous en reparler, étant moi-même esprit après mon assassinat qui avait été rondement mené par ma chère Gwladys Brunoni.
Elle avait fait proprement les choses : une balle dans la tête bien placée arrête sur le champ les fonctions vitales. La deuxième dans le cœur, tirée rapidement dans la foulée, désactive toute velléité de vie comateuse. Du beau boulot. Je n’ai pas eu le temps de souffrir. Une preuve de son amour secret pour moi ? Notre histoire d’amour venait sans doute d’entrer dans une nouvelle phase.
Quand une chose pareille vous arrive, une mort violente sans possibilité de retour, vous aurez l’impression d’être encore dans votre corps alors que vous êtes mort. Vous marchez, plutôt content. C’est ce qu’on fait toute sa vie, marcher en se persuadant qu’on est content.

Et en marchant, des pensées péripatéticiennes, au sens pré socratique du terme, vous envahissent. D’où viens-je ? Que fais-je là ? Où vais-je ?
Les réponses s’imposent. Je viens du monde des vivants. Je suis mort. Je file vers une réincarnation.
Pourquoi une réincarnation ? Si vous étiez parfaits, vous iriez directement vous fondre dans le grand tout de l’univers. Les bouddhistes de toute tendance appellent cet instant précis, la libération. Ça arrive fréquemment mais sans doute pas encore à vous qui me lisez et pas avant un bon bout de temps.
C’est vrai, la réincarnation a quelque chose de monotone et au bout d’une ou deux éternités, sortir de ces cycles de mort et retour au vivant est un soulagement. Je me suis demandé si certains vivants qui se disent lassés de tout, allant de dépression nerveuse en dépression nerveuse, ne sont pas des réincarnés à perpète. Et loin d’être sortis de l’auberge sont terrassés par la mélancolie. 
Certains abrègent leur vie. Mais ce n’est pas pour autant qu’ils sont exclus du cycle des réincarnations. Le changement leur appartient. Il leur faudra un paquet de vies pour apprendre à s’inscrire dans le sens des choses, d’aller avec ce qu’on appelle la nature, et surtout à penser par soi-même. Penser par soi-même… une manière de libération possible. Essayons.

La réincarnation est rapide pour les andouilles comme ces deux tueurs que Gary a descendus avant que Gwladys ne m’exécute. Je les ai vu filer vers une réincarnation à rebours, c’est-à-dire qui les éloigne de la libération, ils vont s’incarner soit en ver de terre au mieux, soit comme Adolphe Hitler, en asticot de mouche à merde. Stade auquel ils vont rester une centaine de milliers de cycles de vies, si ce n’est plus. Tous ces cycles à être accroché à l’hameçon d’un pêcheur ou d’être bèqueté par un merle, ça marque. Et un jour viendra pour eux le temps de se réincarner en mouche à merde. A ce stade ils vont rester des dizaines de milliers de cycles avant de passer à la larve de chenille. Une rédemption.
Ces cycles sont mécaniques, vous avez beau prier Dieu et ses saints, Allah, Jéhovah ou vos ancêtres avant d’y être happés, rien n’y fait. C’est programmé, fatal, irrémédiable comme le train pour Bourges à 11h48 quand il n’y a pas de grève. C’est la loi des choses même quand la CGT est de mauvaise humeur.

La deuxième balle de Gwladys venait de m’éclater le cœur. Je marchais lentement sur le chemin tant et justement décris par les rescapés des comas, au bout je voyais cette fameuse lumière blanche. Je n’étais pas franchement pressé d’y aller. Je savais, par pure intuition, qu’on pouvait lambiner et s’attarder à l’envi. Et là j’entendis, venant du fond de moi-même, la voix de Steve Jobs.

- Hi Sin !

- Steve Paul Jobs !

- Fucking guy ! Bienvenue au purgatoire ! On va regarder Apple se débattre dans son enfer. Viens, on va papoter.

Ce dialogue sonne faux dans la manière dont je vous le décris. Forcé. Je ne peux pas vous le rendre autrement comme vous n’avez hélas jamais vécu la quatrième dimension.
Sachez que j’étais surpris d’avoir enfin pu rencontrer Steve Jobs. Je n’étais pas encore habitué au monde des morts.
Je me rendis compte que je n’avais plus de corps physique. J’étais une conscience errante avec un corps fluidique. Je me déplaçais dans l’univers, me promenais autour d’Orion, puis revenais sur la terre, passais derrière la Lune. En une fraction de rien du tout car je ne sais pas du tout comment vous décrire un univers où le temps et l’espace n’existe qu’accessoirement. Je ne dis pas QUI N’EXISTE PAS. Je dis bien  qui existe accessoirement. J’étais dans la quatrième dimension et passais aux trois dimensions que vous connaissez si je le voulais, sans faire le moindre effort.
Être mort a quand même quelques privilèges, quoi qu’on en dise.

(à suivre)


mardi 22 mai 2012

Sous l’Apple Store, j’ai tout de suite aimé ma mort - 43° épisode.


Par la porte du local technique de l’Apple Store du Louvre, la place souterraine aux ossements humains, le puits. Puis nous nous sommes glissés dans leur vestiaire et avons emprunté casque et bottes. Nous pouvions à présent tourner autour du derrick. Personne ne nous prêtait la moindre attention.

De grosses pompes injectaient un liquide sortant d’une énorme citerne. D’autres évacuaient le pétrole dans des pipes.
Nous suivîmes un couloir parcouru par un des pipelines. Un minuscule train, semblable au train des finances qui reliait autrefois le ministère des Finances à Bercy et la Banque de France, tractait des wagonnets chargés de terre. On transportait, encore dans les années cinquante, par cette ligne souterraine et bien gardée, l’argent des impôts collectés jusqu’aux coffres de la Banque de France.

Nous sautâmes dans un wagonnet. Le train montait en pente et suivait le pipe. Vingt minutes plus tard, je voyais une clarté au bout du tunnel. Nous descendîmes et terminions le trajet à pieds.
Nous venions de prendre une partie de la ligne du train des finances depuis longtemps désaffectée et nous sommes sortis du côté du Palais Omnisports de Bercy, contre le pont, sur la Seine, là où on charge les barges des gravats de Paris. Et plus précisément sous le ponton sur lequel les camions venaient verser directement leurs chargements sur les barges amarrées.
Le pipeline était relié à un tanker fluvial et les wagonnets de terre se déversaient dans la barge des gravats. Le pétrole partait en péniches. Les gravats sur les barges. Aucune présence humaine. Tout se faisait en automatique. Les wagonnets vides s’engouffraient dans le sol de Paris et la porte en béton sous le ponton contre la berge se refermait ni vu, ni connu.
On voyait juste le pipeline sortir du mur. L’apparence d’un tuyau d’égouts abandonné si en ne se donnait pas la peine de bien le suivre des yeux pour deviner son raccordement à la péniche. Ce raccordement ressemblait de loin à une épaisse  corde d’amarrage.

Nous attendîmes le retour des wagonnets et dès qu’ils furent vidés, nous nous y glissâmes pour revenir dans le ventre de Paris, au fond du puits sous l’Apple Store.
Je vis que d’autres pipelines suivaient différentes galeries, l’une d’entre elles prenait la direction du port d’Austerlitz, une autre celle du port Henry IV en face de l’Ile Saint Louis. Elles nourrissaient des tankers maquillés en péniche de bobo.    

C’est en repassant au pied du derrick que les choses se gâtèrent.
Mon chou, tu lèves tes mains en l’air. La voix de Gwladys. J‘ai senti le froid d’un pistolet sur ma nuque. Je vis aussi que mes amis s’avançaient doucement contre le mur les mains levées. Un maillot rouge pommé libéra Gary de son pistolet. Cette fois ça se compliquait vraiment. Nous étions contre un mur, on nous enleva nos casques.
Une douleur violente me broya le crâne et nageant dans une moiteur cotonneuse, je fus expédié en exprès dans un voile noir.

Nous nous sommes retrouvés les mains attachées. Un bureau en faux acajou trônait au milieu de la pièce. Par une ouverture, derrière un voilage à grosses fleurs,  je voyais le derrick. Sur les murs des appliques style Pie XI. Nous étions allongés sur un tapis d’Orient dans les entrailles des catacombes. Gwladys Brunoni était devant moi et pointait élégamment un Glock noir. J’eus le temps de voir sa mini-jupe assortie en cuir anthracite.
Lève-toi Roberto Sinsilla. Fallait bien mettre un terme à cette comédie, non ? Et pas un mot.
Sa voix n’avait rien de méchant. Un ton plutôt rassurant dans ce bureau biedermeier tardif qui annonçait implacablement le pire.

La porte s’ouvrit et je vis entrer James Smimoff Sputnik Stolichnaya Elastockovitch, mon ancien rédacteur en chef des Chroniques de Cupertino. L’ancien d’Apple du service Marketing qui m’avait arraché la rédaction du journal. James etc. Elastoc.

- Alors ? On joue aux héros ? Notre ami Sinsilla, mauvais rédacteur des Chroniques, piètre enquêteur, vrai perdant. On veut jouer dans la cour des grands ? Quand on est une poule mouillée, une lavette, une gonzesse, on reste au chaud avec la maîtresse et on fait du lego avec les petits.
Tu croyais tout de même pas qu’on ne vous a pas repéré depuis le début. Vos déguisements stupides. Vos va et vient ? Ben tu vois que je suis le patron, l’alpha dominant, contre lequel il vaut mieux ne pas jouer.
Quand vous entriez dans la galerie commerciale du Louvre, vous étiez immédiatement repérés. On vous attendait avec impatience. On voulait savoir qui était derrière vous. Mais il n’y a que trois guignols, Roberto Sinsilla, un minable soi-disant  chroniqueur, Lucas Cranach senior, un voyant, prétendument photographe, qui dépense l’argent de sa riche famille d’artistes peintres et qui veut venger son chéri, son petit ami Los Tiñosos que j’ai liquidé pour couler définitivement les Chroniques de Cupertino qui ne nous servaient plus à rien, en te ratant au passage, je le regrette, Roberto Sinsilla. On a fait sauter deux Apple resellers pour brouiller les pistes. Bien joué, non ? Maintenant, les contacts avec Apple à Cupertino on s’en balance. On a eu ce qu’on voulait. Le pétrole, les bébés !
Et ce Gary, un tueur à gage habile, respect, qui aurait mieux fait de travailler pour nous.
Et oui, les agneaux, on exploite le pétrole sous Paris. Ça rapporte plus que les rapts, la prostitution et la drogue. C’est plus simple que l’informatique, suffit de faire des trous et ça gicle.
Vous en savez assez pour qu’on se débarrasse de vous, vite fait bien fait. Une balle et hop dans les wagonnets qui vous déposeront dans la barge à gravats de Bercy.
Ciao les pantins ! 

Pas le temps d’en placer une et ils nous poussaient vers les wagonnets dans un des couloirs. Style on ne perd pas de temps propre aux cruels Zetas (*).
Ils étaient trois, Gwladys et deux types genre Mexicains balafrés. Je ne sais trop comment, Gary avait réussi à se libérer en coupant ses liens avec un petit poignard planqué dans son ceinturon. Je l’avais vu s’en équiper.
Au moment où ils allaient nous abattre à côté des wagonnets, il se libéra, fit une clef d’aïkido à l’un des malfrats et s’empara de son flingue. Gary et un flingue, c’est un ensemble Lucky Luke question tir. Les destinataires de son attention n’en témoignent jamais de leur vivant.
Je vis les beaux yeux bleus de Gwladys Brunoni me caresser le regard. Une vague de sympathie qui me toucha au plus profond et mon cœur suspendit ses battements. Elle me lova une balle entre les deux yeux. Nous aurions pu être heureux, pourtant. J’ai cru entendre, mais n’en suis pas certain, un second coup de feu et mon cœur a éclaté. Je n’eus pas le temps de réciter le moindre mantra ce qui d’ailleurs est déclaré inutile dans le bouddhisme theravada et absolument facultatif au moment précis où une balle bien placée vous expédie sans frais de port.

A trop croire aimer sans avoir pris dans ses bras, la tête éclate et le cœur vacille. Pas de souffrance quand les choses vont vite et je le confirme. Gwladys n’a commis aucune maladresse. Elle ne m’a pas déçu. Droit entre les yeux. Droit dans le cœur. Sans bavure. En laissant quelque chose d’inachevé derrière elle. Peut-être sa vie même ? Sur ce plan, nous étions pourtant si proches.
L’amour inaccompli génère la romance. Gwladys Brunoni, la tueuse des Firewyre, venait de mettre fin à ma vie. Je n’en étais pas vraiment fâché. Je suis parti simplement surpris.
C’est quand même un privilège d’être abattu par une si ravissante tueuse pour laquelle on sent une délicieuse accointance. Les liens d’amour entre une infirmière et un moribond en phase terminale sont de façade. Les douceurs du regard des soignantes sont purement techniques. Rien à voir avec le regard que me portait Gwladys en me tuant. C’est infiniment mieux ainsi que de clamser entre une ampoule à perfusion et un moniteur cardiaque sous l’empathie de métier d’une aide soignante dévouée.
J’ai tout de suite aimé ma mort.   

(à suivre)

(*) Voir dans les archives du blog, « iPhoto’09 et iPhoto’11, un petit plus 2 pour Apple » le 30° épisode des Chroniques de Cupertino.

mardi 15 mai 2012

Apple n’est pas un distributeur de gazoline ! - 42° épisode


Les sous-sols de Paris, France, renferment l’un des plus grand gisement de pétrole du monde.  Le pétrole de schiste a été découvert depuis longtemps dans le Bassin parisien, cette importante zone géologique sédimentaire. Sous la nappe aquifère, le pétrole est à 2.500 mètres de profondeur exploitable par fracturation hydraulique.

Mille milliards de barils de pétrole soit 70 à 120 années de production du Koweït. Avec une abondance toute particulière au centre du Bassin parisien, sous le Louvre, sous Notre Dame.
Avec un baril qui de 100 $ va passer à 300 $, vous voyez l’enjeu, les amis. 300 mille milliards de $ !
Et je continuai la lecture de mes notes : à Château Thierry, à côté de Paris, la compagnie HESS Oil France, partenaire de Toréador Energy France dirigé par un fils Balkany, très introduit dans les coulisses du pouvoir, a eu un permis de prospection. Mais il a été mis fins à ce permis avant les dernières élections.

Enorme, fit Lucas Cranach senior, comme l’ensemble des dettes de tous les Etats démocratiques. Un pactole de 300.000 milliards de $ !
La dette de la France est de 1700 milliards de €, on pourrait continuer à s’endetter des centaines d’années ! Couvrir le pays de ronds points, construire dans chaque commune des salles polyvalentes et des piscines, distribuer des allocations diverses, en inventer d’autres, comme une allocation aux personnes n’ayant pas d’allocation, recruter deux fonctionnaires nouveaux pour un fonctionnaire en place, mettre deux, voire trois instituteurs par classe et deux stagiaires, ce qui réduirait le temps de travail d’un instituteur à dix heures par semaine, un vrai  bonheur pour eux, on pourrait rendre gratuites et obligatoires les vacances en Tunisie, un mois par an payé à faire du pédalo sur une plage tunisienne, augmenter les salaires des sénateurs et des députés, renflouer les caisses des intermittents du spectacle en triplant leurs prestations et …    

Lucas énuméra longuement ce qui pourrait être un vrai programme électoral de rêve. Dépenser 300.000 milliards de $ en 50 ans ce qui fait tout de même 6.000 milliards par an. Un vrai travail de politicien. Arrêter courageusement toute forme d’économie. Distribuer du matin au soir. Une bouffée d’optimisme traverserait le pays. Des politiciens heureux, des citoyens qui retrouveraient leurs réflexes de clients. On pourrait supprimer le ministère de l’Economie et le remplacer, enfin, par un ministère de la Dépense.
En une année on pourrait s’acheter Apple, Mercedes Benz et Volkswagen à la fois! Sans ciller. Et ouvrir, au passage, un Apple Store à Bourges.
Il faudra bien sûr placer élégamment les derricks à travers Paris. La Tour Eifel retrouvera une nouvelle fonctionnalité. Un derrick style colonne de Buren dans les jardins du Palais Royal, un autre style Hector Guimard s’intégrerait parfaitement aux stations de métro Art nouveau. D’autres sites d’exploitation comme le Musée Georges Pompidou à Baubourg font déjà station de forage et un rien en ferait une vraie.
On lancerait des concours d’architecte, il y aurait beaucoup de magouilles qui seront dénoncées par Mediapart et enfin la France se réveillerait de sa léthargie. On retrouverait le bonheur de vivre ensemble car même les plus pauvres sur aucune liste d’allocataires, toucheront une toute petite gratification.   

Pour arrêter ce délire que je trouvais quelque peu méprisant pour les catégories socio professionnelles mentionnées imprudemment par Lucas, comme les instituteurs, les députés, sénateurs et la presse, injustement persiflées, je fis des passes devant les yeux de Lucas. La voix de Steve Jobs.

- Hi ! Je vous le dis de suite, Apple n’est pas un distributeur de gazoline ! J’espère que vous n’avez pas pensé que la boîte était dans le coup ? Nous n’avons rien à voir avec tout ça. C’est une catastrophe pour Apple si la presse s’en empare. Nouvelles rafales de procès qui s’ajoutent aux dizaines d’affaires en cours. 
Et je vois les titres de la presse, folk :
Apple se convertit dans les hydrocarbures.
Il y a-t-il du pétrole sous l’Apple Store de Manhattan ?
Apple pirate le pétrole parisien.
Apple se lance dans l’iGazoline.
Apple n’a plus d’idées mais du pétrole.
Apple et Exxon Mobil fusionnent.
Shit, il faut leur éviter ce scandale ! Ils sont déjà dans la tourmente de leurs incertitudes, si en plus on leur met ça sur le dos ! No, absolutely.

- Pétrole ou informatique, ce sont des affaires d’argent. Apple représente la plus grosse capitalisation boursière avec Exxon Mobil. Un pétrolier.
Apple est une puissance financière et il serait grand temps de redorer son caractère d’inventeur exceptionnel. Dans ce cas aucun amalgame ne pourrait se faire entre le pétrole et l’activité d’Apple. Les racines du pétrole et de la firme de Cupertino, pralinent dans le même terreau, la logique de la rentabilité. Ne pourrait-on pas imaginer un autre modèle économique pour Apple ? Quelque chose qui se joue du retour sur investissement des capitaux investis et qui surfe sur l’innovation ou plus simplement sur la créativité ?

Steve Jobs prit sa voix grave au ton didactique. Celle de ses keynotes.

- Sin, tu rêves. Moi j’ai managé les deux pôles. Cruellement pour les gens qui travaillaient pour moi.
Je leur disais que seul le patron gérait les budgets des opérations. Et ce patron c’était moi avec mon directeur financier. Je voulais des créatifs et non des responsables budgétaires. Même Ron Johnson, le responsable des Apple Store dans le monde ne s’occupait pas des stocks mais de tout le reste.
Il faut se concentrer sur la fonction. Ron voyait les emplacements, la déco, la formation. N’est-ce pas assez quand on veut qu’un Apple Store soit quelque chose d’exceptionnel?
J’aimais les talents et non les compteurs d’argent. J’ai toujours eu horreur du middle management, cette manie de créer une hiérarchie intermédiaire qui complique les prises de décision. Il y avait dans ma boîte, l’Executive Team, une dizaine de collaborateurs proches et des créatifs dans les plus importantes fonctions. Point barre. Soixante-dix vice présidents pour quatre-vingt milles salariés sans les employés des 362 Apple Stores à travers le monde.
C’est l’Executive Team qui gère les orchestres. La musique venait du haut. Nous étions en bas, les projets descendaient vers nous. Et je faisais de sorte que le nombre de projets soit limité. Un catalogue resserré de produits. Pas de dispersion. Sinon, dans une grande organisation, le système de la créativité déraille. J’ai voulu les meilleurs dans leur domaine. Les promotions étaient moins fréquentes que les déclassements. Cette organisation fonctionnelle stimulante était passionnante mais lourde à supporter pour les salariés. Beaucoup voulaient fuir la boîte, beaucoup voulaient y entrer. Cette tension nous a mis sur la bonne piste.
Je me suis planté plusieurs fois. Ils ont voulu me virer. C’était insupportable. En stimulant les créatifs, j’ai pu satisfaire la voracité des gestionnaires. Un coup de bol. Ca ne marche pas toujours. La logique des uns s’oppose à celle des autres. Ce sont deux univers qu’aucune théorie du management n’a jamais su concilier et aucune politique économique ne peut créer volontairement. Regarde Venise, la Hollande, l’Espagne des grands moments de l’histoire, les capitaines industrieux y visaient la richesse et l’art s’est lové dans le sillage.
Moi j’avais créé l’Apple Academy, une instance interne plus discrète que secrète, sur laquelle nous avions peu ou pas communiqué. A l’Apple Academy on forme les futurs managers d’Apple. Et notre obsession est de concilier gestion et création.

Anyway, il faut les sortir de ce pétrin. Retournez dans les catacombes, dans cette histoire nous ne savons pas tout. Pour où s’évacue le pétrole extrait ? Qui est la tête de cette folle entreprise ?
Surtout pas un mot à la presse.
Et pas un mot aux Chroniques de Cupertino ! Sinsilla, tu me suspends la parution. Si tu veux, je peux te dicter rapidement une étude comparative entre l’OS X et le machin de Gates, son dernier Windows. On peut mettre bord à bord les versions de ces systèmes d’exploitation. Un point incontestable pour Apple. Et ça occupera tes trois lecteurs et ceux de Cupertino qui surveillent impatiemment tes livraisons plumitives.

- Non, Steve, merci. J’en ai marre des études comparatives. Ca n’apporte rien car les arguments des uns contredisent les arguments des autres. C’est sans fin.
OK, préparons la descente au fond du puits et explorons les galeries des catacombes squattées par les Firewire.

- Faites vite, pour le moment ils ne se doutent pas au siège d’Apple ce que leur réservent les sous-sols de leur Store du Louvre. Même moi je ne touche pas un mot aux esprits des morts qui trainent autour de moi. Et il y a des curieux qui ne demandent qu’à cafter. Secret. Et en la matière, à l’époque, je leur ai appris à la fermer. Bureaux cloisonnés avec zones interdites, fenêtres occultées, badges pour des déplacements très limités. Je leur ai appris que dans la boîte tout est secret sauf ce qu’on raconte d’une manière réfléchie aux médias. Et ça s’appliquait partout, du siège d’Apple Inc. à Infenite Loop, aux bâtiments annexes Mariani 1 ou DeAnza12.

(à suivre)

mardi 8 mai 2012

Ont-ils trempé les racines d’Apple dans l’or noir ? - 41° épisode


Nous irons tous les trois dans le fond du puits creusé par les Firewire au plus profond des catacombes de Paris sous l’Apple Store du Louvre.
Je fis quelques passes devant les yeux du médium élu par Steve Jobs, notre ami Lucas Cranach senior établit le contact immédiatement.

- Hi les aventuriers de l’arche perdu ! Enfin on se décide de se mettre en route, rotten lazy folk.

- On y va Steve. Et on se calme. Toi, tu es raide mort. Alors cool, guy, please. Qu’est-ce que tu vois dans le proche futur ?

- Vous arriverez au fond du puits mais ensuite ça se brouille. Je ne vois pas plus loin. S’il y a un problème, invoquez-moi rapidement.

- Qu’est-ce qui se passe au siège, à Cupertino ?

- Rien. Font des ronds dans l’eau. Aucun de mes contacts n’est au courant de ce qui se joue vraiment là-bas. C’est mauvais signe. Ils pataugent, se fatiguent à renouveler la gamme des iPad, iPone, iMac, des MacBook et des iTV. Se torturent la caboche, doutent, se demandent s’ils font bien ou pas.
Ils mettent à jour les bécanes en fonction des inventions d’Intel. Au lieu de pousser Intel, ils sont tirés. Tim Cook devrait prendre des décisions importantes mais il hésite. Il écoute trop les béni-oui-oui de son entourage. 
La pomme est sur l’arbre et l’arbre a des racines. Les affaires d’une boîte se traitent par les racines, c’est de là que remonte la vigueur des fruits. Il faut replanter des jeunes arbres quand on veut d’autres fruits. Apple gère ses fruits. Ne sait sans doute pas comment et quoi replanter. Maintenant j’en suis sûr, ils ont la trouille de se tromper. Ils ont planté les arbres dans le pognon alors que les racines doivent baigner dans la vision des choses. Ils n’ont plus le temps de créer, trop pris à gérer leur montagne de cash. Anyway… tout est cycle… recommencement.

Nous avions mis nos maillots rouges pommés et mes deux amis, Lucas Cranach senior et Gary, m’avaient rejoint devant la porte du local technique que j’ai ouvert avec la copie de la clef fauchée à Gwladys.
Nous avons ensuite pris l’escalier qui descendait vers la salle aux ossements. Gary marchait en tête avec son pistolet muni du silencieux pointé devant lui à la manière des flics d'Hollywood rentrant dans un repaire de méchants. Je marchais prudemment derrière lui. En serre file, Lucas Cranach senior mal à l’aise comme moi dans cet assaut.
Nous avions marqué un temps d’arrêt dans la salle des ossements. Tout était calme. Nous prîmes le couloir et franchîmes la porte dérobée. Nous étions sous le Louvre et sous l’Apple Store. Devant nous descendait le vaste puits d’une cinquantaine de mètres de diamètre.

Le fond était éclairé et une pelle mécanique chargeait des wagonnets. Ils évacuaient la terre et apportaient du béton. Pour descendre tout en bas nous évitâmes l’ascenseur. L’escalier était une piste qui descendait en colimaçon le long de la paroi de l’énorme puits. Nous nous y engageâmes courbés en nous cachant derrière le rebord qui donnait sur le vide.

A mi-chemin nous comprîmes que le structure métallique au centre de la base du puits ressemblait à un derrick. Une vingtaine d‘ouvriers casquée et bottés œuvraient autour. Tous portaient le maillot rouge pommé de l’Apple Store du Louvre.
Arrivés au fond, Gary rangea son pistolet et nous montra une cavité éclairée d’où sortait un groupe de cinq hommes sans casques ni bottes qui se dirigeaient vers l’ascenseur qui les emporta à l’entrée du puits d’où nous venions.
Nous pénétrâmes dans le réduit, prirent bottes et casques. Avec nos maillots rouges pommés et accoutré ainsi, rien ne nous distinguait dans l’activité fébrile ambiante. Nous approchâmes du derrick. Une forte odeur d’hydrocarbure flottait dans l’air et les hommes nourrissaient un palan de longs tuyaux métalliques. Une plateforme de forage au cœur de Paris, sous le Louvre, sous l’Apple Store.

Dans un recoin, derrière une bétonnière, je fis quelques passes devant les yeux de Lucas Cranach senior. La voix de Steve Jobs, chuchota un bref guys, décampez vite, ne prenez pas l’ascenseur. 
C’est ce que nous fîmes, sereinement, dans le sens inverse de notre descente. Notre retraite se fit sans encombre. Sauf qu’arrivés au sommet du puits nous entendîmes des hourras. Au fond, autour du derrick, les ouvriers lançaient leurs casques en l’air. Une giclée noire sortait du sommet du derrick.

De retour à l’Alouette amarrée dans le port du bassin de l’Arsenal, nous étions effondrés. Les Firewire cherchaient du pétrole sous le Louvre et s’étaient servis de l’Apple Store pour parvenir à leur fin. Non seulement ils cherchaient du pétrole mais ils en ont trouvé. C’était fou. Trop fou pour être vraisemblable. Quelle folie que de chercher de l’or noir sous le Louvre en plein Paris.

Je fis quelques passes à Lucas Cranach senior qui articula la voix de Steve Jobs.

- Shit, vous voyez ça ! Fucking oil ! Sous l‘Apple Store une nappe de pétrole ! Nos racines baignent dans l’or noir ! Le numérique et le pétrole se rejoignent dans la même logique. Pétrole, Apple, le Louvre. L’affaire la plus juteuse du monde, de bas en haut, le pétrole, le numérique et le show culturel des allées du musée du Louvre. Ce n’est plus une mine d’or, c’est l’Eldorado. Personne ne pourra rien contre cette montagne de fric. La rage du pognon est en route !

Apple et Exxon Mobil, les premières capitalisations boursières au monde se rejoignaient dans un trou des catacombes de Paris. Nous laissions parler Steve Jobs sans vraiment l’écouter. Apple qui prend racine dans l’or noir ou l’or noir qui fait fleurir Apple.
Ce n’était pas possible. Nous ne pouvions y croire. Et Steve continuait en jurant et pestant. A ses propos se mêlaient la colère et l’impuissance. Je crois même qu’il se mit à pleurer. Nous avons coupé le contact.

Les visages de mes amis étaient pâles. Lucas Cranach senior leva les bras au ciel et les laissa lentement tomber. Nous étions impuissants face à un tel déluge. Encore que, comme dirait mon copain d’enfance devenu un rabbin respecté, quand le déluge menace, il convient d’apprendre à respirer sous l’eau.

(à suivre)

mardi 1 mai 2012

Et après il y a quoi ? Et maintenant, que va faire Apple ? - 40° épisode


Steve Jobs nous avait parlé longuement du monde des esprits et des errements stratégiques d’Apple.
Le monde des esprits fascine les hommes depuis longtemps. Et après, il y a quoi ?
La finitude est illogique pour l’entendement.
Les humains accepteraient volontiers la méconnaissance absolue de leurs origines mais la brièveté de la vie est une source de malaise depuis que les humanoïdes se sont mis à réfléchir. Et ils réfléchissent depuis très peu de temps dans l’histoire des 4,5 milliards d’années de l’agrégat atomique que forme la planète terre qui, soulignons-le, se passerait bien des pensées de prédation qui agitent les molécules de leurs protéines humanoïdes depuis moins de deux millions d’années, une paille dans l’histoire générale.

Les réincarnations des morts humains sont donc un phénomène très récent, deux millions d’années au sens large de l’apparition des humanoïdes sur les 4,5 milliards de la terre.
Sur la question de savoir quels sont les agrégats capables de se réincarner, les avis sont partagés dans les milieux spécialisés de la métempsychose.
Toute vie est-elle destinée à se réincarner en autre chose dès que sa nature même est anéantie ? Certains disent que même les dinosaures ont été emportés par le cycle de la réincarnation qui toucherait donc toute forme de vie même avec une conscience rétrécie. Il est impossible de vraiment prendre position.

Je pense personnellement que toute la nature vivante, animaux et plantes, sont captés par la transmigration de leur énergie vitale après la destruction de leur structure spécifique. Et même les minéraux sont pris dans des cycles de transsubstantiation. Tout est transitoire, tout, sans exception. 

Pour l’homme, le sapiens sapiens, là, les avis sont plus unanimement partagés. A la mort physique, l’âme, l’énergie de sa vie, passerait dans un autre corps humain, animal ou même végétal. Au sens large, toute forme de vie se réincarne après sa destruction. A l’image du minéral qui se transforme en un autre minéral après être revenu au centre de la terre, entraîné par les convections tectoniques, décomposé par la pression et la chaleur du noyau de la terre pour resurgir par les failles de feu des volcans et recommencer un nouveau cycle tellurique.

Ce principe cyclique de la nature, symbolisée par la roue ou par la svastika de l’Inde ou des civilisations précolombiennes, entraîne toute chose et n’épargne pas l’énergie vitale. La conséquence pour elle en est la métempsychose, c’est-à-dire la renaissance, la réincarnation, quand le support moléculaire se détruit.

Ce renforcement conduit cette énergie, étape après étape, à une forme de plénitude qui, une fois atteinte, provoque sa dissolution instantanée dans le principe vital de l’univers.
L’énergie vitale serait donc un principe éternel. Elle est disséminée dans toute forme de vie. Elle obéirait à une loi précise : son propre renforcement progressif étape par étape. Une concentration progressive, un renforcement de sa densité à chaque cycle mort/vie/mort.

 C’est ainsi que les anciens voyaient le monde en regardant l’immensité de la voûte céleste et les yeux des proches assis à leur côté. Sur ce principe chamanique transmis par mille sociétés initiatiques à travers l’histoire, on peut construire n’importe quelle religion. Les hommes ne s’en sont pas privés. Mais je préfère l’original à la reconstruction.

Le concept de l’âme serait synonyme de l’énergie vitale, du corps subtil, du soi. Personne n’arrive à définir l’âme ou l‘énergie vitale. Il n’y a pas d’avis unanimement partagé. Heureusement et peu importe. Ce sont des mystères qui resteront hors du champ de notre raison. Pourtant les cycles de transformation s’appliquent à toute chose. Pourquoi notre entendement même en serait-il exclu ?

Les monothéistes adorent un grand géniteur de ces choses, ils l’appellent dieu et certains adorateurs sont prêts à égorger ceux qui ne sentent pas ça comme eux. Des timbrés dangereux quand ils se mettent à imposer leurs principes. Qu'importent les croyances, rien ne change, les cycles se perpétuent. Par contre, dès que les sectaires commencent à tuer pour un dieu, ils se mettent en situation précaire et cassent le cycle des réincarnations. Ce n’est ni bien, ni mal. Ils ne font que régresser le principe vital dont ils ont hérité. Ils s’inscrivent à contre courant du mouvement du grand cycle de l’univers ce qui n’est jamais une source de satisfaction et de bonheur pour la petite existence qui est celle de l’homme.  

Les rationalistes ne voient que la partie sensible de leur vie et pensent que tout s’arrêtera à la destruction de l’enveloppe corporelle qui produit notre conscience et que sur l’écran s’affiche inéluctablement « The End » en on quitte la salle pour s’engouffrer une pizza. Sauf qu’il n’y rien après « The End ». Plus de salle et pas de pizzeria.

Moi, comme beaucoup, je pars du point de vue, qu’après le film y a un autre film. Steve Jobs avait aussi cette prémonition. Ce sont des choses qu’on sent ou qu’on ne sent pas.
Quand on ne le sent pas, on met un « The End » au film. Chacun fait comme il le sent en pouvant revenir quand ça lui chante à un autre point de vue. C’est ce qu’on appelle la liberté de conscience bien difficilement arrachée aux religions totalitaires.

La spiritualité chamanique, par contre, porte en elle une infinie tolérance. Crois ce que tu veux, pense ce que tu veux mais essaie d’être en harmonie avec les cycles éternels, il en va de ton bonheur.
Quand on se libère du joug d’une religion totalitaire, une autre prend vite le relais. Une grande partie de l’humanité a besoin de se sentir dans la bonne voie et refuse à l’autre toute alternative. 
Ce qui ne serait franchement pas grave s’il n’avait pas cette mauvaise et diabolique prétention d’infliger sa croyance dans l’au-delà à son prochain en usant de la force ou en envoyant un pauvre diable se faire exploser dans la foule hérétique ou mécréante qu’il suppose rabaisser la grandeur de son dieu à lui.

Pour revenir à Apple, les nouvelles qui me parvenaient de Cupertino n’étaient pas bonnes.
Floquette Grandpied mon amour, du service Marketing, me confirmait que le débat au staff de direction d’Apple était vif. L’argent abondait et la meute qui voulait partager le gâteau grossissait.
Apple n’arrivait pas à se défaire de sa politique de délocalisation financière pour rehausser quelque peu son image d’entreprise citoyenne. 
En gardant ouvert leur bureau de Reno dans le Nevada qui n’a pas d’impôt sur les sociétés, ils échappent à l’impôt sur les sociétés de la Californie (8,84%). Les profits sont défiscalisés. Comme les autres boîtes multinationales de son genre, ils ont des filiales dans des pays peu ou pas taxés comme l’Irlande, les Pays-Bas, le Luxembourg, les îles Vierges britanniques avec parfois une simple boite aux lettres. Sans cette technique, Apple aurait payé 2,4 milliards d’impôts supplémentaires aux USA en 2011.
Et cette montagne de cash attire les âmes assoiffées. Chacune à sa manière en veut un peu. Des miettes parfois, sollicitées pour mille raisons devant les tribunaux.
Cogito, Ergo et Sum Trumeaux, les fameux et talentueux juristes jumeaux d’Apple (*) en avaient pardessus la tête.

De plus, nos as californiens se perdaient dans les détails et avaient des difficultés à fixer un cap. Steve Jobs était indifférent à la moralité fiscale. Par contre, les indécisions stratégiques le rendaient  malheureux dans ses errances spirites. Et nous on commençait à sentir un petit manque de quelque chose qui n’est pas sûr de revenir. Et maintenant, mais que va faire Apple ?
En 2012, parmi les agrégats protéiniques humanoïdes terrestres, il y avait 2,27  milliards d’internautes soit deux fois plus que les cinq années précédentes. A ce rythme, un doublement tous les cinq ans, plus de la moitié de l’humanité sera branchée en 2017. De quoi donner le bourdon à tous les intervenants du secteur informatique et des maux de tête aux indécis stratèges d’Apple.

J’ai caché à Floquette, pour ne pas lui faire de peine, mon inclination pour la dangereuse Gwladys Brunoni, associée des tueurs du Firewire. Je n’ai fait aucune mention des souterrains de l’Apple Store du Louvre.
Elle me demandait pourtant des nouvelles. Je lui disais qu’au stock du Store tout se passait bien, que les collègues étaient à la coule et que pour le moment je n’avais pas repéré quoi que ce soit de bizarre. Pieux mensonge fait en jurant que je lui dirais la vérité dès que nous verrons plus clair sur cette affaire.

A Cupertino, Apple faisait des efforts pour plaire à ses salariés. Là, récemment, ils ont eu une invitation pour assister gratuitement au Cirque du soleil. On pouvait même venir avec des copains. Tim Cook avait fait prendre des billets pour les salariés. Eux, en Californie, avaient la belle vie, le soleil revenait. Nous, ici, on préparait notre descente dans l’univers souterrain du mal.

Vous comprenez mieux à présent, je l’espère, l’univers mental bouddhiste dans lequel baignait Steve Jobs de son vivant. Il était destiné à la réincarnation mais prenait son temps. Son esprit errant était à nos côtés, ici à Paris, France. Il ne pouvait s’empêcher de flâner aussi à Cupertino.
   

(à suivre)

(*) Voir « Descartes project : le nom de code d’une brillante opération d’Apple », le 20° épisode des Chroniques de Cupertino dans les archives du blog.