mercredi 15 août 2012

L’X trouvé, l’OSX rétabli ?- 55° épisode.


Les discriminations par l’aspect physique ou par l’argent n’existent pas dans le monde des esprits. La plupart des vivants n’auraient plus de sujet de conversation si on leur enlevait les plaisirs du sexe et de l’argent et tout le blabla autour.
Les vivants trépassés ont du mal quand ils arrivent chez nous dans le monde intermédiaire des morts. Mais finissent par s’y faire. De plus, on n’a plus besoin de se restaurer dans le monde des esprits, donc tout ce qui concerne la bouffe n’a aucun sens. Du coup, la quasi totalité des bavardages des vivants n’a plus de support, tout étant perdu ici sauf la conscience.
D’ailleurs les pierres tombales ne se lassent pas de faire la promotion de notre grande surface d’accueil inévitable. Le plus célèbre des slogans «Repose en paix» a toujours le même succès auprès d’un très nombreux public extrêmement varié.
Et d’une certaine manière il n’est pas mensonger. Fric, bouffe, cul, santé sont éliminés. C’est difficile à imaginer pour un vivant ancré dans la recherche de la jouissance, explorant chaque jour les mines de la vie à la recherche de quelques cristaux de plaisir.
Certes on comprend qu’en ayant perdu la santé et le cul, on se replie sur la bouffe. Si on n’a pas de fric et que l’on bouffe mal, on se replie sur le cul. Mais perdre tout à la fois n’est pas pour les vivants. Il reste l’amour, quelle mince consolation, du baratin littéraire.  
Une morne plaine ce monde des esprits, me direz-vous. Ce repos en paix, vous pouvez vous le garder, je vous rejoindrai le plus tard possible et contraint. C’est ce qu’on dit histoire de dire quelque chose.
Je ne fais pas de propagande ou de prosélytisme particulier pour le monde des esprits mais quand même, réfléchissez une seconde.
Les joies apportées par la vie des vivants se double évidemment d’affreuses peines, le vieillissement, le naufrage de la décrépitude inévitable, le stress constant que procure l’argent, la maladie et ses souffrances. Et même l’amour et sa perte, l’absence de l’être aimé, la séparation, les désillusions, la rage de continuer, l’incompréhension, enfin tout ce qui remplit les productions littéraires depuis que l’homme des cavernes a marqué l'empreinte de sa main dans un grotte obscure, comme pour dire, c’était moi ici et ce n’est plus moi. J’ai aimé tout ça et je ne l’ai plus. J’ai tout perdu. Eh oui, à la fin la souffrance, la solitude, l’emportent toujours. Le plus tard possible, le plus tard tralala, Il court, il court, le furet du bois, mesdames, Il court, il court, le furet, le furet du bois joli. Puis on verra bien.

En arrivant ici, vous ne pouvez pas vous imaginer l’étonnement des esprits néophytes. Il y en a qui ne tiennent pas le coup et s’élancent de suite dans une réincarnation rapide. De vrais stakhanovistes de la réincarnation vie après vie. Le problème qu’à ce rythme, chaque réincarnation est une petite régression.
Prenons Jules César. Intelligent, semble avoir tout compris. Quand il fut assassiné et arriva ici dans notre monde intermédiaire, sans fric, bouffe, cul, ... il a failli perdre la raison et se chercha une rapide réincarnation. En précipitant son affaire, il régressa. Forcément avec un karma, un passé de vivant si chargé en crimes et délits de tous ordres, il fallait bien corriger le tir.
Dans sa vie post impériale, il était alors marchand de peaux de lapins dans un faubourg de Naples cinq siècles plus tard. Puis après avoir été liquidé par la peste bubonique, il revint ici brisé par l’état général sensuel inexistant qui prévaut dans ce monde intermédiaire. Il précipita à nouveau sa réincarnation ce qui lui valut encore une régression : esclave noir dans les soutes d’un trafiquant d’ébène. Mort d’avoir été trop battu dans un champ de coton, il revint ici toujours à la hâte de retrouver ses jouissances anciennes, du temps où il fut César, le grand Jules. Encore trop impatient pour retrouver le royaume perdu de ses sens, il revint en mourant sur un pal de Tamerlan. Enfin il comprit. Là il se donne du temps. Il est auprès de nous et attend. C’était pourtant une belle conscience. Et il pourrait le redevenir. Rien n’est jamais perdu dans le grand cycle qui broie toutes nos illusions. Empereurs, chiffonniers, esclaves, martyrs, la grande roue tourne et tourne. C’est une meule qui réduit en poussière, affine la conscience, la rend fluide, égale à elle-même, la grande présence des cieux et de l’éternité stellaire. Dans ce noir immensément profond crevé d’infinies brillances, nous voilà tous réunis. La conscience des univers est notre conscience rendue à elle-même. Là où les bulles du champagne prennent naissance, dans cette partie inconnue du verre, là tout au fond, dans le jaune d’or devant nos yeux.

Nous sommes des consciences. Aucune différence entre noirs, blancs ou jaunes. Entre Russes, Maliens, Guaranis du Mato Grosso, Irlandais du nord et du sud, Alsaciens et Lorrains et on ne discutaille pas. Entre hommes, femmes, homosexuels ou transsexuels. Entre jeunes et vieux. Entre chrétiens, juifs, animistes, mahométans, agnostiques, hindouistes, sikhs, bouddhistes ou matérialistes.
Ce qui compte ici est l’intensité de la conscience. Elle est soit affinée par la vie précédente, soit détériorée. Soit on vient ici plus riche en conscience, soit on y arrive en perte de vitesse. Pour ma part, il me reste un long chemin à faire. C’est le cas de la plupart des esprits de la bande à Steve Jobs. J’appelle notre groupe «bande» ce qui ne veut rien dire ici, évidemment. Je dis «bande» car on a tous un peu le même type de curiosité. Et il nous reste tous un sacré chemin à parcourir avant notre libération définitive. Il nous manque à peu près le même temps de cuisson. Et pas mal de réincarnations en perspective. Mais on a décidé de rester un moment ici. Histoire de se ressaisir avant de replonger dans le monde des vivants.

 


Ce chef-d’œuvre du tympan du portail de la cathédrale de Bourges (France) datant du XII° siècle, montre des esprits gagnant en cuisson et juste au-dessous en réincarnation. Bien sûr cette perspective est judéo-chrétienne et il s’agit factuellement de la mythologie de l’enfer et de la résurrection. Mais le principe de la circulation des morts entre paradis et enfer s’appuie sur d’anciennes visions préexistantes reprises par ce monothéisme et transformées. Elle part de l’idée que la vie des morts serait semblable à celle des vivants en mieux.
C’est un peu plus compliqué, évidemment. Et nous avons déjà eu l’occasion d’en parler. Enfin, les esprits ne parlent pas, c’était juste une manière de parler.

Quand on fera le pas pour la réincarnation, on ne se souviendra plus du passé, ni de notre passage ici. Il nous restera peut-être quelques bribes. Une sympathie sans doute si l’un de notre «bande» en retrouve un autre. Un amour peut-être? L’amour et l’amitié sont sans doute les meilleures preuves d’une existence antérieure commune.
Mon amour de ma vie précédente, Gwladys Brunoni, avait échappé à cette règle intangible. Elle ne meurt jamais mais passe de vie en vie en thésaurisant ce qu’elle a appris dans sa vie précédente. Elle transite, enchaîne, prend une autre correspondance.
Elle m’avait assassiné et je lui ai rendu la pareille. Deux balles dans le cœur et deux dans la tête. Son corps s’est évanoui. Sa conscience, celle du yogi X, s’est immédiatement déportée ailleurs, prenant un nouveau corps, sans passer par notre monde intermédiaire. Ou est-elle à présent?

Non Sin, me fit Steve Jobs, on va pas recommencer à la chercher. Shit. On l’a repérée à plusieurs reprises dans ces 1.300 dernières années. Moi, je veux savoir qui est cette yogini X qui pirate notre système opératoire des réincarnations.
Et nous l’avons, friends. C’est une yogini, en effet. Et un petit chose en plus (Steve ne pouvait plus se passer du français depuis sa mort, je trouvais ce travers un peu ridicule) , elle s’appelle Peldarboum!

L’X est trouvé. Et Steve Jobs conclut que l’OS, operating system, le système opératoire de le vie de la mort serait stabilisé.
C’est ce que pensait notre ami. Moi j’avais des doutes.

(à suivre)