-->
L’opération Thunderbolt avait été programmée bien avant la
fin du monde prévue le 21 décembre 2012. Sa première phase consistait à repérer
les corrompus et à leur donner un coup fatal en déclenchant une mise à feu des
billets de banque tant adorés, objet de leurs basses manœuvres.
L’application gratuite «Rotted» qui donnait sur chaque
smartphone une carte détaillée de l’implantation des petits et grands
gangsters, ceux qui faisaient marcher les systèmes corrompant nos démocraties, était
arrivée dans l’Apple Store et le Google Store.
Un index tenu à jour permettait de vérifier si tel sénateur
de gauche, tel député de droite était vraiment nickel chrome, qu’est-ce qu’il
avait exactement fait pour ses concitoyens depuis qu’il touchait ses indemnités
et avantages. Mais il y avait aussi un essaim de journalistes, une liste
impressionnante de banquiers, une ribambelle de médecins et dentistes, une
smala de fonctionnaires, d’hommes d’affaires, de syndicalistes, une horde de
notaires, de comédiens, une clique d’hommes de religions diverses imams, curés,
gourous, rabbins, un gotha complet d’ anciens élèves douteux issus des grandes écoles
de la République (encore que l’index a tenté de ne pas confondre corruption et
paresse professionnelle ou inefficacité savante), une longue file de diplomates
véreux et quelques présidents de la République.
Rien que pour la France, l’application permettait d’avoir
accès à la biographie et aux actes douteux de 67.161 noms avec leur adresse et
téléphone, soit dit en passant autant qu’il y a de détenus dans les prisons de
France, ce qui vérifiait bien le dicton «y en a autant dedans que dehors».
Mais juste après la fin du monde devait se déclencher la
guerre des corrompus. Selon le plan imaginé par les morts, vous savez cette
fameuse bande des mille composée des esprits les plus spirituels qui avaient
retardé leur réincarnation pour se donner le temps d’améliorer le monde. C’est
notre équipe qui en avait la charge: Gwladys Brunoni mon amour, Lucas Cranach
senior, le médium favori de Steve Jobs, Gary notre pistoléro et moi-même,
Sinsilla, visiteur un tantinet illicite, subrepticement mêlé au monde intermédiaire
des morts.
Nous avions repartis l’énorme tas de biftons, un million de
billets de 500€ compressés sur deux palettes, en lots destinées à nos méchants
clients.
J’avais eu la mission de m’occuper personnellement de Gérard
Depardieu que j’admirais en tant qu’acteur. Les esprits l’avaient ajouté à la
liste récemment. J’ai donc subtilisé ses droits d’auteur, ses divers revenus
immobiliers, les profits de ses deux restaurants, de sa poissonnerie, de son épicerie japonaise de Paris, de ses placements et remplacé le tout par nos billets de 500 euros.
Ne me demandez pas comment, ce sont des choses couvertes par le secret des
esprits mêmes.
Les valseuses.
Et lentement la machine s’est mise en marche, chaque billet
se volatilisait, se réduisait à rien, disparaissait dès qu’on le manipulait. Gérard
était dans un bar, ivre comme à son ordinaire, il sort son portefeuille pour régler
et là plus rien, pas un billet. Sa banque prévient qu'aucun sou n’a été déposé,
Gérard prélève du liquide, affolé, on le lui donne, mais dès qu’il le met dans
sa poche, l’argent disparaît. Il accuse son agent, le traitant de minable. La
société immobilière belge l’appelle, pour la moche maison belge de Néchin, il n’y
avait rien dans la boîte supposée contenir la commission de négociation. Au fil
du temps, Depardieu n’a plus rien, surveille son régime d'intermittent du
spectacle, maigrit considérablement, redevient comme nous l’aimions.
Bien joué Sin, me dit Steve Jobs par la voix de Lucas
Cranach senior, voilà une belle fin du monde pour Gérard.
(à suivre)
