mardi 25 décembre 2012

L'App traque - 74° épisode.


Les billets de 500 € qui se dématérialisaient allaient permettre à Gérard Depardieu de redevenir ce qu’il avait été. Nous avions remplacé ses revenus par nos billets piégés qui se transformaient en un minuscule tas de poussière grise et petit à petit, Gérard devenait de plus en plus pauvre. Amaigri, retrouvant une certaine compassion, désintoxiqué de l’alcool et de son énorme vanité, nous avons décidé d’arrêter toute action à son égard. C’était devenu urgent de l’avis même des esprits des morts, et notamment de la bande des mille qui orchestrait l’opération Thunderbolt.
Mais avant de poursuivre le récit de cette magnifique opération contre la toute puissance du fric, je me dois de vous informer des premiers effets de «Rotted». En effet, la fin du monde était passée pour Gérard et nous programmions les suivantes.

L’application gratuite «Rotted», je vous le rappelle, donnait sur chaque smartphone une carte détaillée de l’implantation des pourris qui faisaient marcher les systèmes corrompant nos démocraties.
Un index tenu à jour permettait de vérifier si tel sénateur de gauche ou tel député de droite était vraiment propre et de savoir  ce qu’il avait exactement fait pour leurs concitoyens depuis qu’il touchait les émoluments de la République.
Mais il y avait aussi cette liste impressionnante de corrompus de toute origine et sur laquelle apparaissaient le nom d’Audrey Pulvar et de cette pauvre Clémentine Autain que l’on avait rajouté à la suite de sa dernière apparition sur l‘A2. A force de fréquenter les plateaux très mondains de la télé en fustigeant Miss France elle oubliait que le peuple existait.

L’esprit de Karl Marx, sans barbe, qui avait rejoint la bande des mille dans le monde intermédiaire, lui était pourtant apparu en rêve et lui avait dit : «Clémentine, reviens! Nous savons tous qu’il est plus facile de rêver l’impossible que d’aimer les choses réelles, celles qui sont banalement possibles. Clémentine, retrouve ton calme, prend tes distances avec les bonimenteurs de la politique».
En attendant, et malgré les injonctions de Karl, Clémentine était sur cette fameuse liste et je trouvais personnellement que cela était injuste, que parfois ses pensées étaient un peu corrompues mais qu’elle ne l’était pas. J’ai fait appel. Winston Churchill a examiné son cas.
Une liste de 67.161 noms (Clémentine en avait été heureusement retirée) avec leur adresse, biographie et téléphone, à peu prés autant que de détenus dans les prisons de France.

Voici l’usage qu’on peut faire de Rotted. Vous vous promenez dans Paris, vous voyez votre propre localisation sur l’écran, et apparait  dans un rayon de 500 mètres quelques uns des 67 161 qui sont présents dans cette zone. Vous repérez celui qui est le plus proche de vous, vous  touchez l'icône «Identification» et vous avez la fiche complète de ce pourri.

Plusieurs précautions sont à prendre dans l utilisation de cette application, de cette App qui traque:
- évitez les quartiers des ministères et les quartiers d’affaires car vous risquez de faire bugger le système. Si la densité des pourris présents est trop forte, mettez votre smartphone ou votre tablette en kernel panic (une désintégration subite du système d’exploitation),
- malgré l’excellent boulot de Scott Fostall, concepteur génial, n’oubliez pas que Scotty est une teigne et qu’il peut avoir glissé dans la librairie de son App, des personnes qu’il déteste, et elles sont nombreuses,
- n’oubliez pas que vous risquez gros si vous êtes aperçu par un quelconque garde du corps de la personnalité en question car ils sont dotés de Schow Rotted, une App qui permet de repérer les personnes équipées du logiciel Rotted.
Vous voilà prévenus. Soyez prudents! Ne jouez pas en amateur, un accident est vite arrivé. A vous de jouer à l’App qui traque mais ne soyez jamais violents physiquement.

Nous avions, de notre côté, la charge de mettre en œuvre la livraison des premiers cent millions d’euros à ce sénateur, un certain Fierdetout qui, selon Winston Churchill, récoltait l’oseille de proxénètes à la gare de Lyon. L’un de ses agents se tenait à la station de taxi et nous devions lui remettre les valises avec l’argent.
Nous étions équipés d’un taxi parisien, une belle Mercedes, et observions le trafic sous la grande tour de l’horloge de la gare.
Gary me poussa du coude. Sin, regarde le gros. Un taxi s’arrête, lui remet un grand sac  «Tati» et s’éloigne. Gwladys le file. Nous entendons dans l’oreillette que le gros descend dans  le parking, il met le sac dans le coffre d’une Opel rouge et revient vers l’horloge, attention.
Voilà le gros. Lucas se place devant le tour de l’horloge: un autre taxi arrive et lui remet un sac «Fnac». De nouveau vers le parking.
Gwladys: le voilà. Il revient vers l’Opel rouge. Met un sac «Leclerc» dans le coffre.
Stop les enfants, dit Lucas Cranach senior dans son micro, il nous enfume. Où est passé le sac «Fnac» ? Qui lui a donné le sac «Leclerc»?
Gary : c’est le clodo couché contre le mur de la gare, il a caché le sac «Fnac» sous la couverture.
Je lance : n’intervenez pas. Ils ne nous ont pas repérés. C’est un micmac entre eux.

Lucas Cranach senior: un autre taxi, remet au gros un sac «Apple». Se rend au parking.
Gwladys: il fourre un sac «Samsung» dans le coffre de l’Opel. C’est le même clodo qui a gardé le sac «Apple» et lui a fourgué le sac «Samsung». Le coffre est plein. Il peine à le fermer. Il le ferme et remonte.
Allez, on les boucle. Le gros et le clodo. Gwladys et Gary vous gelez le clodo, Lucas Cranach senior et moi on se gaule le gros. Discrètement. Gwladys tu raves les clefs de l’Opel au gros et tu nous suis. N’oubliez pas le barda du clodo.

On a obscurci les deux et les avons roulé vers le Bassin de l’Arsenal à côté de la Bastille, dans la minuscule maison d’éclusier, coincée à droite sous les ponts en sortant du Bassin de l’Arsenal vers la Seine, entre les piliers du Boulevard Morland et ceux de la station de métro Quai de la Rapée, notre quartier général de l’opération Thunderbolt déclenchée par le monde des esprits.

Les sacs «Tati» et compagnie étaient bourrés d’artiche. Nous les avons remplacé par nos biftons à nous, ceux qui se désintégraient quand il le fallait.
Steve Jobs convoqua le fantôme de la maman du gros qui, à la vue de Steve et de sa propre maman morte écrasée par un tramway, avoua vite fait le lieu de livraison du magot des merlans de Paname. C’était à livrer en direct au Sénat, Palais du Luxembourg, à l’attention de monsieur le sénateur Fierdetout.

Le clodo avoua tout à la vue du fantôme terrifiant du Soldat inconnu. Oui terrifiant. Le Soldat inconnu se demandait depuis 1917 s’il n’était pas mort pour enrichir les pourris et croyez-moi, il en avait gros sur la patate. L’argent que devait détourner le clodo en prélevant un quota - un sac «Apple» et un sac «Fnac» - était destiné au compte fermé sur une banque suisse de Jérôme Cahuzac. Ce n’était pas possible! On a fourré nos billets trafiqués dans les deux sacs en plastique. Il va y avoir du grabuge au Sénat mais aussi à l’Assemblée nationale. Le Soldat inconnu poussa un hurlement de rage qui traversa la Seine et couvrit le vacarme des travaux de l’université de Jussieu.

(à suivre)