mardi 20 novembre 2012

Phase un «Kerviel» de Thunderbolt - 69° épisode.


A une centaine de mètres de l’amarrage de l’Alouette, la minuscule maison d’éclusier, coincée à droite sous les ponts en sortant du Bassin de l’Arsenal vers la Seine, entre les piliers du Boulevard Morland et ceux de la station de métro Quai de la Rapée, était devenue le quartier général de l’opération Thunderbolt déclenchée par le monde des esprits.

Nous étions en réunion et l’esprit de Steve Jobs nous parlait par la voix de son médium, Lucas Cranach senior. Et l’iHoloPhone reproduisait ses gestes.
Maintenant que Scotty est parti (Steve parlait de Scott Forstall), passons aux choses sérieuses et détendez-vous.
La première opération sera de s’attaquer à la Société Générale. Une cible intéressante. Votre mission consistera à placer ces cinq cartons remplis de billets de 20$, vous savez ces billets comportant l'effigie d’Andrew Jackson celui qui a trahi les traités passés avec les Amérindiens et ordonné leur déportation à l’ouest du Mississippi et leur esclavage. Un sale type qui a déshonoré les USA. Évitez comme les Indiens de glisser un billet de 20$ dans votre portefeuille.
Et bien, là il y en a 500.000 dans ces cinq caisses soit pour dix millions de $. Vous allez livrer ces caisses aux dirigeants de la Société Générale et voici comment...

Quelques semaines plus tard, nous étions prêts à débarquer au conseil d’administration de la Société Générale qui se tenait alors au siège de la banque au 29 Boulevard Haussmann à Paris, France.

Nous avions appelé cette opération «Kerviel» en hommage au trader auquel la grande banque essayait de faire porter le chapeau de ses indélicatesses. Celles de ce bonhomme n’avaient aucune commune mesure avec les pratiques spéculatives nuisibles à très grande échelle de la banque. Tout un chacun savait que ces manipulations financières avaient précipité la vie économique dans les pires turpitudes qu’on appelait «crise» et qui n’étaient rien d’autre que le résultat d’un piratage en règle par une poignée de requins goulus qui s’imaginaient appartenir à l’élite.

Steve Jobs était intervenu fermement par la voix de Lucas Cranach senior : vous n’avez pas à appeler cette opération «Kerviel», arrêtez de semer la confusion, le mix marketing est une chaîne de cohérence, nous nous trouvons bien dans le cadre de l’opération Thunderbolt et «Kerviel» n’a rien à faire ici, le pauvre. J’ai horreur de ce genre d’initiative...
On aimait bien quand Steve se mettait en pétard mais qu’importe puisqu’il était mort.

Gwladys Brunoni était franchement irrésistible dans son tailleur gris perle et je la suivais dans mon costume trois pièces noir. Nous avions fait venir nos habits de fringants banquiers internationaux en direct d’un tailleur de la City de Londres.

Je suis attendue par Mister OUVEA. Je suis Jennifer Blankfein. Elle remit sa carte de visite «Jennifer Blankfein, Special Advisor , Goldman Sachs, 200 West Street New York 10282 United States tel 1-212-902-1000 e.mail jblankfein@gs.com».
Nous étions attendus et Gwladys prit un air pressé, le genre qui ne s’attarde pas au détail, présentations rapides, échange de cartes de visite, à l’américaine.
Avec un accent anglais à couper au couteau elle dit, mon oncle Lloyd, m’a demandé de vous livrer en direct les 10 millions de $ que nous vous devons. Tonton veut honorer sa signature et celle de Goldman Sachs, vous comprenez.
OUVEA parut étonné. Pourquoi livrer ici même tout cet argent en petites coupures? Pourquoi ne pas passer comme à l’ordinaire par les Iles Caïmans?
Le président Lloyd Blankfein, mon oncle, estime que depuis quelques temps les fonctionnaires américains et européens chargés de la surveillance des flux financiers se réveillent un peu trop fort. Alors pour vous éviter le moindre ennui, je suis chargée de ces livraisons. Elle se retourna vers moi. Bill, faites monter ici les cinq cartons. Ne vous effrayez pas, pour ce genre d’affaires nous sommes obligés d’avoir des gens avertis, vous le comprenez.
Arrivèrent par l’ascenseur privé, Lucas Cranach senior et Garry, costumes noirs, petit renflement à peine visible du côté gauche de leur veste mais un œil exercé devinait la présence d’un Glock dans son étui. Ils apportaient chargés sur un diable élégant et flambant neuf, carton après carton.
Thanks Dick and Perry, dit Gwladys-Jennifer.
Et ils ouvrirent l’un des cinq cartons, chacun de la taille d’un frigo.
Ce sont des billets usagés de 20$. Le compte y est: 100.000 billets par carton, 500.000 billets de 20$ soit 10 millions cash utilisables sans aucune réserve, dit-elle avec la voix d’un expert comptable présentant un bilan bien ficelé aux actionnaires.

A la vue de cet empilement de billets, les membres de l’équipe resserrée de dirigeants de la banque, furent comme électrifiés. Leur regard devint humide. Je crus un instant qu’ils allaient tous fondre en larme.
Voilà messieurs, mon oncle le président, Lloyd BLANKFEIN, s’excuse. Nous ne pouvons plus faire autrement en attendant que les choses s’arrangent.
C’est un peu gênant pour nous, dit OUVEA. Et il s’adressa à ses proches. Nous allons donner les primes et les bonus dans des boîtes à chaussure cette année, ajouta-t-il avec cette soumission et cette bonne volonté qu’on doit naturellement au grand patron de la banque la plus puissante du monde.
Évidemment il se pliait aux exigences du président de Goldman Sachs qui avait affirmé dans les journaux économiques «faire le travail de Dieu».

Bien Messieurs, nous vous demandons de ne faire mention de cette livraison ni par téléphone sécurisé, ni par tout autre mode de communication,. Pour le moment attendez les instructions. Et Gwladys-Jennifer nous invita à rejoindre l’ascenseur. Elle m’empêcha d’un geste discret à emporter le diable flambant neuf qui resta donc sur place à mon grand regret.
En chœur les banksters parisiens: thank you, best greetings to mister Blankfein. Bye.

Une limousine noire nous attendait devant la banque, nous fîmes semblant d’échanger quelques mots en prenant notre temps nous sachant observés. Puis nous montâmes dans la voiture et descendîmes le Boulevard Haussmann. La phase un de l’opération «Kerviel» s’était déroulée comme sur des roulettes.