mardi 23 octobre 2012

Attraction gémellaire - 65° épisode.

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Nous étions, Gwladys et moi, simplement heureux. C’était sans histoire et ne méritait aucune histoire comme le bonheur du couple Lucas Cranach senior et Gary.

J’ai reçu l’injonction émise par Steve Jobs et de toute la bande des mille du monde des esprits.
Tous mes amis morts m’appelaient au dialogue. Pendant plusieurs mois je n’ai pas répondu. Ils m’avaient chassé du monde des morts vers le monde des vivants contre mon gré. Je ne leur en voulais pas mais tout de même je me sentais joué. Je leur dois mon bonheur de vivre avec Gwladys. Je lui avais parlé de mon départ du monde des vivants quand elle m’asséna ce coup de crosse sur la tête dans les sous-sols de l’Apple store du Louvre. J’étais dans le coma quelques heures alors que je croyais vraiment être mort d’une balle dans le cœur et d’une autre bien placée dans la tête.
Je n’en voulais pas à Steve, ni à la bande des mille de m’avoir fait revenir dans le regard de la sainte yogini Peldarboum. Il n’est pas dans le pouvoir des morts de ressusciter les morts. Mais ils peuvent faire revenir les vivants même s’ils sont déjà passés par le monde des morts. Le corps doit être en état de marche pour recevoir le retour de la conscience. Le mien l’était. Avec une sacrée bosse sur le haut du crâne.

Lucas Cranach senior insista. Sin, ils veulent te parler. Nous étions sur l’Alouette amarrée. Il faisait déjà nuit autour du bassin de l’Arsenal. Sin, ils disent que Gwladys peut tout entendre et même Gary peut rester et écouter. Je ne peux l’empêcher ... et la voix de Lucas se transforma et je reconnus la voix de Winston Churchill, salut Sin, surtout reste là, comment ça? Vous ne buvez rien? Cherchez une bouteille ou deux. C’est important. Guten Abend Sin, Vor der Kaserne, vor dem grossen Tor, stand eine Laterne, und steht sie noch davor, Marlène Dietrich, elle chantait. Halo, Roberto, c’était Wolfgang Amadeus Mozart, andantino con variazioni pour une symphonie, là je la vois bien la chanson de Marlène, rien à voir avec mon KV 297b hautbois, clarinette, cor et basson, tu veux me passer le CD de la version de Karajan, ce prétentieux, non tu ne l’as pas sur les étagères, tant pis. Hola! soy Pépé, recuerdas? Mais oui, salut Pépé, mon saint Joseph de Cupertino.
Steve Jobs poussait de petits cris histoire de se faire remarquer dans cet aréopage comme il n’était pas directement question de lui. Un vrai chahut! Dit-il. Aucun médium ne le fait aussi bien que Lucas Cranach senior. Amazing! The best. Le meilleur médium.

Un gros chahut. Et soudain tout le monde se tut quand JPM (vous savez Jean-Paul Machin, cet inconnu qui avait refusé les cinq minutes de gloire promises par Andy Warhol à tout quidam de son siècle) prit la parole.

Oh! On la met en sourdine. Sin, au nom de tous les amis de la bande des mille, je tiens à te dire mille fois pardon. Mais nous n’avions que ce moyen pour traquer définitivement cet esprit qui défiait toutes les morts, ce que Steve Jobs avait appelé l’X perdu de l’OSX. Cette création qui pouvait renaître indéfiniment sans jamais mourir. Ce cheval de Troie de l’éternité. Il s’était fixé sur Gwladys Brunoni mais il vient de lâcher prise. Il n’existe plus. Il est vaincu. Pour cela l’un d’entre nous devait revenir à la vie et tu étais le seul possible, le seul dont le corps était encore en état de recevoir une conscience. Et c’était mieux de faire revenir ta conscience dans ton corps. Il est toujours risqué d’envoyer une conscience vers un corps qui n’a pas été le sien précédemment. Grâce à toi, on a remis de l’ordre dans le système général de la réincarnation. Gwladys peut le comprendre. Vous êtes tous les deux une conscience gémellaire, impossible à séparer, comme le sont Lucas et Gary, Roméo et Juliette, lord Alfred Douglas et Oscar Wilde, Pygmalion et Galathée, Gilgamesh et Enkidu, Paris et Hélène, Victor Hugo et Juliette Drouet, Antoine et Cléopâtre, Laurel et Hardy, Ulysse et Pénélope... C’est un bonheur mais une contrainte. Voilà ce que je voulais vous dire à tous. A plus, Sin, et à vous les vivants qui m’écoutez ! Hauts les cœurs les amis! On vous attend ici mais ne vous pressez surtout pas !

Merci JPM! Nos sorts sont liés à notre gémellité des consciences. Ce qui voudrait dire que quoi que nous fassions, l’un est lié à l’autre...

Et même pas la mort ne peut vous délier. Cette fois c’était la voix de Steve Jobs. Votre vie est régie par l’algèbre de Boule. Vous êtes en base deux. Sans le 1 l’autre n’est même pas zéro.
Dans le système opératoire, l’Operating System, l’OS de la réincarnation générale, vous êtes liés. Vous étiez déjà unis lors des autres vies passées et vous le serez dans les vies futures.
And now, ouvrez la oreille les jumeaux cosmiques (toujours cette manie détestable de Steve de vouloir parler français). Écoutez bien les zéro un. En fait vous êtes un puisque vous êtes deux.



La liberté qui s’envole en brisant les fers et apportant la lumière.

La Colonne de Juillet commémorait, dans un premier temps, les Trois Glorieuses, les 27,28 et 29 juillet 1830 qui renversèrent la Restauration et le roi Charles X. Elle porte sur son fût les noms de 504 combattants morts sur les barricades de Paris. Leurs corps reposent dans la crypte sous la colonne. Y reposent aussi 196 révolutionnaires morts sur les barricades de 1848 qui mirent fin au règne de Louis Philippe et instaurèrent la Deuxième République. S’y trouvent aussi quelques momies égyptiennes ramenées par Bonaparte de sa campagne d'Égypte. Ces momies avaient été enterrées dans le jardin de la Bibliothèque nationale où l’on ensevelit  d’abord provisoirement les révolutionnaires. Les momies se trouvant dans les mêmes fosses, furent transférées avec eux par erreur dans le caveau de la Colonne de Juillet.
Le «Génie de la liberté» est un bronze doré d’Auguste Dumont. Il a les ailes déployées, une étoile au front, des chaînes brisées dans la main gauche et dans la droite le flambeau de la civilisation.


Vous allez vous rendre tous les deux, je veux dire tous les quatre, sans perdre un moment, à côté, sur la place de la Bastille. Traversez mais faites attention, c’est terriblement dangereux à cette heure-ci.
Rendez-vous au pied de la Colonne de Juillet. Sautez la grille discrètement et vous trouverez devant la porte d’entrée de la crypte où reposent des révolutionnaires, une grosse boite. Il y a dedans cinq millions d’euros en grosses coupures. Vous la prendrez et vous partirez. On vous donnera tous les détails de votre mission quand vous reviendrez ici. Juste une précision: nous avons «suggéré» ce don à une huile de Goldman Sachs de passage à Paris. C’est de l’argent malhonnêtement gagné par cette crapule, évidemment. Mais le don est scrupuleusement honnête.

On trouva la boîte, en fait une grosse valise. Il y a avait bien cinq millions et trois cent cinquante mille euros en grosses coupures. Le voleur de Goldman Sachs s’était emmêlé les billets. Ils comptent toujours large quand il s’agit d’eux mêmes.

Steve exagère, placer cet argent volé par des escrocs à quelques pas de ces hommes et femmes morts pour la liberté, tout de même, il y a de quoi faire pleurer le Génie tout en haut de la colonne. Mais la liberté avance et on finit toujours par avoir raison des crapules qui dévoient ce qu’ils touchent. On a pour elle une attraction gémellaire.

(à suivre)