mardi 15 mai 2012

Apple n’est pas un distributeur de gazoline ! - 42° épisode


Les sous-sols de Paris, France, renferment l’un des plus grand gisement de pétrole du monde.  Le pétrole de schiste a été découvert depuis longtemps dans le Bassin parisien, cette importante zone géologique sédimentaire. Sous la nappe aquifère, le pétrole est à 2.500 mètres de profondeur exploitable par fracturation hydraulique.

Mille milliards de barils de pétrole soit 70 à 120 années de production du Koweït. Avec une abondance toute particulière au centre du Bassin parisien, sous le Louvre, sous Notre Dame.
Avec un baril qui de 100 $ va passer à 300 $, vous voyez l’enjeu, les amis. 300 mille milliards de $ !
Et je continuai la lecture de mes notes : à Château Thierry, à côté de Paris, la compagnie HESS Oil France, partenaire de Toréador Energy France dirigé par un fils Balkany, très introduit dans les coulisses du pouvoir, a eu un permis de prospection. Mais il a été mis fins à ce permis avant les dernières élections.

Enorme, fit Lucas Cranach senior, comme l’ensemble des dettes de tous les Etats démocratiques. Un pactole de 300.000 milliards de $ !
La dette de la France est de 1700 milliards de €, on pourrait continuer à s’endetter des centaines d’années ! Couvrir le pays de ronds points, construire dans chaque commune des salles polyvalentes et des piscines, distribuer des allocations diverses, en inventer d’autres, comme une allocation aux personnes n’ayant pas d’allocation, recruter deux fonctionnaires nouveaux pour un fonctionnaire en place, mettre deux, voire trois instituteurs par classe et deux stagiaires, ce qui réduirait le temps de travail d’un instituteur à dix heures par semaine, un vrai  bonheur pour eux, on pourrait rendre gratuites et obligatoires les vacances en Tunisie, un mois par an payé à faire du pédalo sur une plage tunisienne, augmenter les salaires des sénateurs et des députés, renflouer les caisses des intermittents du spectacle en triplant leurs prestations et …    

Lucas énuméra longuement ce qui pourrait être un vrai programme électoral de rêve. Dépenser 300.000 milliards de $ en 50 ans ce qui fait tout de même 6.000 milliards par an. Un vrai travail de politicien. Arrêter courageusement toute forme d’économie. Distribuer du matin au soir. Une bouffée d’optimisme traverserait le pays. Des politiciens heureux, des citoyens qui retrouveraient leurs réflexes de clients. On pourrait supprimer le ministère de l’Economie et le remplacer, enfin, par un ministère de la Dépense.
En une année on pourrait s’acheter Apple, Mercedes Benz et Volkswagen à la fois! Sans ciller. Et ouvrir, au passage, un Apple Store à Bourges.
Il faudra bien sûr placer élégamment les derricks à travers Paris. La Tour Eifel retrouvera une nouvelle fonctionnalité. Un derrick style colonne de Buren dans les jardins du Palais Royal, un autre style Hector Guimard s’intégrerait parfaitement aux stations de métro Art nouveau. D’autres sites d’exploitation comme le Musée Georges Pompidou à Baubourg font déjà station de forage et un rien en ferait une vraie.
On lancerait des concours d’architecte, il y aurait beaucoup de magouilles qui seront dénoncées par Mediapart et enfin la France se réveillerait de sa léthargie. On retrouverait le bonheur de vivre ensemble car même les plus pauvres sur aucune liste d’allocataires, toucheront une toute petite gratification.   

Pour arrêter ce délire que je trouvais quelque peu méprisant pour les catégories socio professionnelles mentionnées imprudemment par Lucas, comme les instituteurs, les députés, sénateurs et la presse, injustement persiflées, je fis des passes devant les yeux de Lucas. La voix de Steve Jobs.

- Hi ! Je vous le dis de suite, Apple n’est pas un distributeur de gazoline ! J’espère que vous n’avez pas pensé que la boîte était dans le coup ? Nous n’avons rien à voir avec tout ça. C’est une catastrophe pour Apple si la presse s’en empare. Nouvelles rafales de procès qui s’ajoutent aux dizaines d’affaires en cours. 
Et je vois les titres de la presse, folk :
Apple se convertit dans les hydrocarbures.
Il y a-t-il du pétrole sous l’Apple Store de Manhattan ?
Apple pirate le pétrole parisien.
Apple se lance dans l’iGazoline.
Apple n’a plus d’idées mais du pétrole.
Apple et Exxon Mobil fusionnent.
Shit, il faut leur éviter ce scandale ! Ils sont déjà dans la tourmente de leurs incertitudes, si en plus on leur met ça sur le dos ! No, absolutely.

- Pétrole ou informatique, ce sont des affaires d’argent. Apple représente la plus grosse capitalisation boursière avec Exxon Mobil. Un pétrolier.
Apple est une puissance financière et il serait grand temps de redorer son caractère d’inventeur exceptionnel. Dans ce cas aucun amalgame ne pourrait se faire entre le pétrole et l’activité d’Apple. Les racines du pétrole et de la firme de Cupertino, pralinent dans le même terreau, la logique de la rentabilité. Ne pourrait-on pas imaginer un autre modèle économique pour Apple ? Quelque chose qui se joue du retour sur investissement des capitaux investis et qui surfe sur l’innovation ou plus simplement sur la créativité ?

Steve Jobs prit sa voix grave au ton didactique. Celle de ses keynotes.

- Sin, tu rêves. Moi j’ai managé les deux pôles. Cruellement pour les gens qui travaillaient pour moi.
Je leur disais que seul le patron gérait les budgets des opérations. Et ce patron c’était moi avec mon directeur financier. Je voulais des créatifs et non des responsables budgétaires. Même Ron Johnson, le responsable des Apple Store dans le monde ne s’occupait pas des stocks mais de tout le reste.
Il faut se concentrer sur la fonction. Ron voyait les emplacements, la déco, la formation. N’est-ce pas assez quand on veut qu’un Apple Store soit quelque chose d’exceptionnel?
J’aimais les talents et non les compteurs d’argent. J’ai toujours eu horreur du middle management, cette manie de créer une hiérarchie intermédiaire qui complique les prises de décision. Il y avait dans ma boîte, l’Executive Team, une dizaine de collaborateurs proches et des créatifs dans les plus importantes fonctions. Point barre. Soixante-dix vice présidents pour quatre-vingt milles salariés sans les employés des 362 Apple Stores à travers le monde.
C’est l’Executive Team qui gère les orchestres. La musique venait du haut. Nous étions en bas, les projets descendaient vers nous. Et je faisais de sorte que le nombre de projets soit limité. Un catalogue resserré de produits. Pas de dispersion. Sinon, dans une grande organisation, le système de la créativité déraille. J’ai voulu les meilleurs dans leur domaine. Les promotions étaient moins fréquentes que les déclassements. Cette organisation fonctionnelle stimulante était passionnante mais lourde à supporter pour les salariés. Beaucoup voulaient fuir la boîte, beaucoup voulaient y entrer. Cette tension nous a mis sur la bonne piste.
Je me suis planté plusieurs fois. Ils ont voulu me virer. C’était insupportable. En stimulant les créatifs, j’ai pu satisfaire la voracité des gestionnaires. Un coup de bol. Ca ne marche pas toujours. La logique des uns s’oppose à celle des autres. Ce sont deux univers qu’aucune théorie du management n’a jamais su concilier et aucune politique économique ne peut créer volontairement. Regarde Venise, la Hollande, l’Espagne des grands moments de l’histoire, les capitaines industrieux y visaient la richesse et l’art s’est lové dans le sillage.
Moi j’avais créé l’Apple Academy, une instance interne plus discrète que secrète, sur laquelle nous avions peu ou pas communiqué. A l’Apple Academy on forme les futurs managers d’Apple. Et notre obsession est de concilier gestion et création.

Anyway, il faut les sortir de ce pétrin. Retournez dans les catacombes, dans cette histoire nous ne savons pas tout. Pour où s’évacue le pétrole extrait ? Qui est la tête de cette folle entreprise ?
Surtout pas un mot à la presse.
Et pas un mot aux Chroniques de Cupertino ! Sinsilla, tu me suspends la parution. Si tu veux, je peux te dicter rapidement une étude comparative entre l’OS X et le machin de Gates, son dernier Windows. On peut mettre bord à bord les versions de ces systèmes d’exploitation. Un point incontestable pour Apple. Et ça occupera tes trois lecteurs et ceux de Cupertino qui surveillent impatiemment tes livraisons plumitives.

- Non, Steve, merci. J’en ai marre des études comparatives. Ca n’apporte rien car les arguments des uns contredisent les arguments des autres. C’est sans fin.
OK, préparons la descente au fond du puits et explorons les galeries des catacombes squattées par les Firewire.

- Faites vite, pour le moment ils ne se doutent pas au siège d’Apple ce que leur réservent les sous-sols de leur Store du Louvre. Même moi je ne touche pas un mot aux esprits des morts qui trainent autour de moi. Et il y a des curieux qui ne demandent qu’à cafter. Secret. Et en la matière, à l’époque, je leur ai appris à la fermer. Bureaux cloisonnés avec zones interdites, fenêtres occultées, badges pour des déplacements très limités. Je leur ai appris que dans la boîte tout est secret sauf ce qu’on raconte d’une manière réfléchie aux médias. Et ça s’appliquait partout, du siège d’Apple Inc. à Infenite Loop, aux bâtiments annexes Mariani 1 ou DeAnza12.

(à suivre)