Les sous-sols de Paris, France, renferment l’un des plus
grand gisement de pétrole du monde.
Le pétrole de schiste a été découvert depuis longtemps dans le Bassin
parisien, cette importante zone géologique sédimentaire. Sous la nappe aquifère,
le pétrole est à 2.500 mètres de profondeur exploitable par fracturation
hydraulique.
Mille milliards de barils de pétrole soit 70 à 120 années de
production du Koweït. Avec une abondance toute particulière au centre du Bassin
parisien, sous le Louvre, sous Notre Dame.
Avec un baril qui de 100 $ va passer à 300 $, vous voyez
l’enjeu, les amis. 300 mille milliards de $ !
Et je continuai la lecture de mes notes : à Château
Thierry, à côté de Paris, la compagnie HESS Oil France, partenaire de Toréador
Energy France dirigé par un fils Balkany, très introduit dans les coulisses du
pouvoir, a eu un permis de prospection. Mais il a été mis fins à ce permis
avant les dernières élections.
Enorme, fit Lucas Cranach senior, comme l’ensemble des
dettes de tous les Etats démocratiques. Un pactole de 300.000 milliards de
$ !
La dette de la France est de 1700 milliards de €, on
pourrait continuer à s’endetter des centaines d’années ! Couvrir le pays
de ronds points, construire dans chaque commune des salles polyvalentes et des
piscines, distribuer des allocations diverses, en inventer d’autres, comme une
allocation aux personnes n’ayant pas d’allocation, recruter deux fonctionnaires
nouveaux pour un fonctionnaire en place, mettre deux, voire trois instituteurs
par classe et deux stagiaires, ce qui réduirait le temps de travail d’un
instituteur à dix heures par semaine, un vrai bonheur pour eux, on pourrait rendre gratuites et
obligatoires les vacances en Tunisie, un mois par an payé à faire du pédalo sur
une plage tunisienne, augmenter les salaires des sénateurs et des députés,
renflouer les caisses des intermittents du spectacle en triplant leurs
prestations et …
Lucas énuméra longuement ce qui pourrait être un vrai
programme électoral de rêve. Dépenser 300.000 milliards de $ en 50 ans ce qui
fait tout de même 6.000 milliards par an. Un vrai travail de politicien. Arrêter
courageusement toute forme d’économie. Distribuer du matin au soir. Une bouffée
d’optimisme traverserait le pays. Des politiciens heureux, des citoyens qui
retrouveraient leurs réflexes de clients. On pourrait supprimer le ministère de
l’Economie et le remplacer, enfin, par un ministère de la Dépense.
En une année on pourrait s’acheter Apple, Mercedes Benz et
Volkswagen à la fois! Sans ciller. Et ouvrir, au passage, un Apple Store à
Bourges.
Il faudra bien sûr placer élégamment les derricks à travers
Paris. La Tour Eifel retrouvera une nouvelle fonctionnalité. Un derrick style
colonne de Buren dans les jardins du Palais Royal, un autre style Hector
Guimard s’intégrerait parfaitement aux stations de métro Art nouveau. D’autres
sites d’exploitation comme le Musée Georges Pompidou à Baubourg font déjà
station de forage et un rien en ferait une vraie.
On lancerait des concours d’architecte, il y aurait beaucoup
de magouilles qui seront dénoncées par Mediapart et enfin la France se
réveillerait de sa léthargie. On retrouverait le bonheur de vivre ensemble car
même les plus pauvres sur aucune liste d’allocataires, toucheront une toute petite
gratification.
Pour arrêter ce délire que je trouvais quelque peu méprisant
pour les catégories socio professionnelles mentionnées imprudemment par Lucas,
comme les instituteurs, les députés, sénateurs et la presse, injustement
persiflées, je fis des passes devant les yeux de Lucas. La voix de Steve Jobs.
- Hi ! Je vous le dis de suite, Apple n’est pas un
distributeur de gazoline ! J’espère que vous n’avez pas pensé que la boîte
était dans le coup ? Nous n’avons rien à voir avec tout ça. C’est une
catastrophe pour Apple si la presse s’en empare. Nouvelles rafales de procès
qui s’ajoutent aux dizaines d’affaires en cours.
Et je vois les titres de la presse, folk :
Apple se convertit dans les hydrocarbures.
Il y a-t-il du pétrole sous l’Apple Store de
Manhattan ?
Apple pirate le pétrole parisien.
Apple se lance dans l’iGazoline.
Apple n’a plus d’idées mais du pétrole.
Apple et Exxon Mobil fusionnent.
Shit, il faut leur éviter ce scandale ! Ils sont déjà
dans la tourmente de leurs incertitudes, si en plus on leur met ça sur le
dos ! No, absolutely.
- Pétrole ou informatique, ce sont des affaires d’argent.
Apple représente la plus grosse capitalisation boursière avec Exxon Mobil. Un
pétrolier.
Apple est une puissance financière et il serait grand temps
de redorer son caractère d’inventeur exceptionnel. Dans ce cas aucun amalgame
ne pourrait se faire entre le pétrole et l’activité d’Apple. Les racines du
pétrole et de la firme de Cupertino, pralinent dans le même terreau, la logique
de la rentabilité. Ne pourrait-on pas imaginer un autre modèle économique pour
Apple ? Quelque chose qui se joue du retour sur investissement des
capitaux investis et qui surfe sur l’innovation ou plus simplement sur la
créativité ?
Steve Jobs prit sa voix grave au ton didactique. Celle de
ses keynotes.
- Sin, tu rêves. Moi j’ai managé les deux pôles. Cruellement
pour les gens qui travaillaient pour moi.
Je leur disais que seul le patron gérait les budgets des
opérations. Et ce patron c’était moi avec mon directeur financier. Je voulais
des créatifs et non des responsables budgétaires. Même Ron Johnson, le
responsable des Apple Store dans le monde ne s’occupait pas des stocks mais de
tout le reste.
Il faut se concentrer sur la fonction. Ron voyait les
emplacements, la déco, la formation. N’est-ce pas assez quand on veut
qu’un Apple Store soit quelque chose d’exceptionnel?
J’aimais les talents et non les compteurs d’argent. J’ai
toujours eu horreur du middle management, cette manie de créer une hiérarchie
intermédiaire qui complique les prises de décision. Il y avait dans ma boîte,
l’Executive Team, une dizaine de collaborateurs proches et des créatifs dans
les plus importantes fonctions. Point barre. Soixante-dix vice présidents pour
quatre-vingt milles salariés sans les employés des 362 Apple Stores à travers
le monde.
C’est l’Executive Team qui gère les orchestres. La musique
venait du haut. Nous étions en bas, les projets descendaient vers nous. Et je
faisais de sorte que le nombre de projets soit limité. Un catalogue resserré de
produits. Pas de dispersion. Sinon, dans une grande organisation, le
système de la créativité déraille. J’ai voulu les meilleurs dans leur domaine.
Les promotions étaient moins fréquentes que les déclassements. Cette
organisation fonctionnelle stimulante était passionnante mais lourde à
supporter pour les salariés. Beaucoup voulaient fuir la boîte, beaucoup voulaient
y entrer. Cette tension nous a mis sur la bonne piste.
Je me suis planté plusieurs fois. Ils ont voulu me virer.
C’était insupportable. En stimulant les créatifs, j’ai pu satisfaire la
voracité des gestionnaires. Un coup de bol. Ca ne marche pas toujours. La
logique des uns s’oppose à celle des autres. Ce sont deux univers qu’aucune
théorie du management n’a jamais su concilier et aucune politique économique ne
peut créer volontairement. Regarde Venise, la Hollande, l’Espagne des grands
moments de l’histoire, les capitaines industrieux y visaient la richesse et
l’art s’est lové dans le sillage.
Moi j’avais créé l’Apple Academy, une instance interne plus
discrète que secrète, sur laquelle nous avions peu ou pas communiqué. A l’Apple
Academy on forme les futurs managers d’Apple. Et notre obsession est de
concilier gestion et création.
Anyway, il faut les sortir de ce pétrin. Retournez dans les
catacombes, dans cette histoire nous ne savons pas tout. Pour où s’évacue le
pétrole extrait ? Qui est la tête de cette folle entreprise ?
Surtout pas un mot à la presse.
Et pas un mot aux Chroniques de Cupertino ! Sinsilla,
tu me suspends la parution. Si tu veux, je peux te dicter rapidement une étude
comparative entre l’OS X et le machin de Gates, son dernier Windows. On peut
mettre bord à bord les versions de ces systèmes d’exploitation. Un point
incontestable pour Apple. Et ça occupera tes trois lecteurs et ceux de
Cupertino qui surveillent impatiemment tes livraisons plumitives.
- Non, Steve, merci. J’en ai marre des études comparatives.
Ca n’apporte rien car les arguments des uns contredisent les arguments des
autres. C’est sans fin.
OK, préparons la descente au fond du puits et explorons les
galeries des catacombes squattées par les Firewire.
- Faites vite, pour le moment ils ne se doutent pas au siège
d’Apple ce que leur réservent les sous-sols de leur Store du Louvre. Même moi
je ne touche pas un mot aux esprits des morts qui trainent autour de moi. Et il
y a des curieux qui ne demandent qu’à cafter. Secret. Et en la matière, à
l’époque, je leur ai appris à la fermer. Bureaux cloisonnés avec zones
interdites, fenêtres occultées, badges pour des déplacements très limités. Je
leur ai appris que dans la boîte tout est secret sauf ce qu’on raconte d’une manière
réfléchie aux médias. Et ça s’appliquait partout, du siège d’Apple Inc. à
Infenite Loop, aux bâtiments annexes Mariani 1 ou DeAnza12.
(à suivre)