mardi 3 avril 2012

Un Apple Store dans la tourmente - 36° épisode


Steve Jobs avait cuisiné le tueur des Firewire qui prenait ses ordres au pyramidion inversé devant l’Apple Store du Louvre, Paris.
On allait voir ça de près.
Lucas Cranach senior a mis ses lunettes avec faux nez. Gary, notre pistolero, coiffé d’une perruque blonde de travelo, prit position devant la devanture de l’Apple Store prêt à dégainer son pistolet avec silencieux. Et moi j’ai rabattu la capuche de mon blouson, genre 9-3 en goguette à la gare du Nord, ce qui ferait bobo tendance méchant autour de l’Apple Store.
Nous passions inaperçu dans cette foule bigarrée cosmopolite fatiguée de faire du lèche vitrine sans achat au musée, frustrée pendant des heures de ne pouvoir consommer que des images et ravie de ne plus être contemplée par quarante siècles d’histoire et de culture. Leurs visages semblaient dire : on est venu de loin et on a fait les momies et la Joconde. On l’a gagnée cette foutue galerie marchande du Louvre. Après l’effort, le réconfort. On va acheter quelque chose, vite.

Nous étions reliés par oreillettes et micros.
C’est Gary qui s’y colla. Il posa trois fois de suite sa main sur la pointe du pyramidion inversé toutes les cinq minutes. L’opération était à répéter cinq fois. C’était le signe pour établir le contact. Nous entrâmes dans l’Apple Store, faisions semblant de nous intéresser au Nouvel iPad et aux iPhones. Ressortions.
Rien ne se passa. J’étais sur l’escalier en verre de l’Apple Store imaginé par Steve Jobs. Lucas du côté des tables à iPhones. Cette fois Gary se tenait près de la pointe  du pyramidion inversé.
Adossé à la rampe de l’escalier en verre, je vis se détacher une employée Apple reconnaissable à son maillot rouge. Elle fila vers l’extérieur du magasin cherchant je ne sais quoi, passer devant le pyramidion inversé et remettre quelque chose à Gary.
Le chignon blond à maillot rouge disparut dans le magasin derrière un comptoir.

La voix de Gary dans l’écouteur : c’est une enveloppe. Il y a un signe Firewire dessus. C’est cacheté. Je fais quoi là ?

Lucas : cinq sur cinq, sort de la galerie marchande par les escaliers mécaniques. Va dans les jardins du palais Royal. On se retrouve au banc comme convenu.

Gary : cinq sur cinq, je sors.

Lucas : on te suit.

L’enveloppe portait le signe

 

« Rentre dans l’Apple Store. Demande Gwladys.
Lui dire : Le nouvel iPad existe-t-il en jaune ?
Réponse : Ma grand’mère en rêve. Elle adore les tournesols.
Lui dire : La mienne préfère les Ferrari rouges. Un Apple c’est gris ou blanc, un point c’est tout.»

Sur le banc du Jardin du Palais Royal, je fis quelques passes devant les yeux de Lucas pour le mettre en hypnose. Ses yeux se révulsèrent. Il parla avec la voix de Steve Jobs :

- Attention là, le chignon blond va vouloir vous entraîner derrière l’Apple Store, dans la galerie qui donne dans les sous-sols du Louvre. Au départ du chemin de visite du fossé de la forteresse de Philippe Auguste. Il y a une porte juste avant à droite. Partout des caméras planquées. Les Firewire ont pris le contrôle de tout le système de surveillance vidéo de la galerie marchande. N’y allez pas. C’est un piège. Shit ! Je viens de changer le cours des choses…
Mes tempes… cette fois c’était la voix de Lucas. J’ai la tête en bouillie…

Lucas sortit douloureusement de son contact avec Steve Jobs qui venait encore une fois de nous sauver la mise en changeant une version de l’avenir. Je suis sûr qu’il adore faire ça. Changer le cours des choses. Un maître de la distorsion temporelle.
Dans notre cas, la modification de l’avenir est sans grande conséquence puisque ça se jouait sur une heure à peine. L’incidence sur l’avenir général de l’humanité était tout à fait négligeable.
Les cycles des réincarnations ne seront pas entravés ou modifiés. Et rien n’évitera au tueur mexicain des Firewire de se réincarner illico en ver de terre, une métempsychose indulgente. Moi je voyais pour ce tueur, une réincarnation en amibe d’eau saumâtre. Mais rien ne peut aller contre les lois de l’univers et de la vie.

L’Apple Store du Louvre était dans la tourmente. Les Firewire en avait pris très certainement le contrôle. Nous devions changer nos plans. L’opération devenait délicate.
Revenu au port de l’Arsenal, dans la cabine de l’Alouette, nous faisions le point sur la situation.
Lucas résumait : nous savons que cette Gwladys, une blonde à chignon, est employée comme gestionnaire des stocks à l’Apple Store, qu’elle est chargée d’établir les contacts avec les tueurs à contrats, ils savent que nous connaissons le code de contact du pyramidion inversé qui doit sans doute contenir un palpeur signalétique minuscule, qu’une porte derrière l’Apple Store bien surveillée permet d’accéder dans des locaux visiblement bien gardés par tout le système de télésurveillance de la galerie marchande du Louvre au service des Firewire.
Ils sont capables de mobiliser des tueurs redoutables, ceux qui nous ont tiré dessus au Père Lachaise, un autre descendu par Gary. Ils nous connaissent mais ne savent pas encore que nous nous cachons sur l’Alouette amarrée dans le bassin de l’Arsenal, ils sont aussi sur la piste de James etc. Elastoc en fuite. Ils ont éliminé Los Tiñosos et plastiqué deux Apple Resellers, pourquoi ?
Ils ont un lien avec les Zetas, le plus redoutable gang de tueurs mexicain des deux Amériques.
Mais nous ne savons pas ce qu’ils veulent au juste, combien ils sont à Paris et qui les dirige, et surtout pourquoi ils s’en prennent d’une certaine manière à Apple ? Ils n’ont aucun scrupule à signer leurs crimes.
C’était bien résumé mais on n’avançait pas d’un pouce.
Nous, nous avions un allié de taille, Steve Jobs. Un tireur d’élite bien armé, Gary. Le Nouvel iPad pour communiquer. Une planque, l’Alouette discrètement amarrée cachée dans la forêt d’une centaine d’autres bateaux.

La première mesure à prendre : changer nos apparences.

Gary ma rasa la tête et je pris ma tunique safran et mes sandalettes de moine bouddhiste. Des lunettes. Un parapluie noir. Lucas appréciait : le Dallai Lama en jeune homme.    
Lucas mis une blouse grise de peintre, un béret de cuir, sortit son chevalet portable, une petite palette fixée sur une trousse en bandoulière de laquelle dépassaient une série de pinceaux. Un vrai peintre de la Renaissance.
Je trouvais que la tenue d’esquimau de Gary n’était pas de très bon goût. Il garda néanmoins son gilet en peau d’ours blanc car, disait-il, il cachait bien son arme avec le silencieux monté. Lucas lui commanda un pantalon Cyrillus chino blanc par l’iPad afin de ne pas traîner dans Paris et de nous faire repérer stupidement. Mais il ne voulut pas enlever son bonnet de fourrure en peau de phoque. Bon… à Paris ça passait. Loin d’un esquimau, nous avions un dandy du marais vaguement esquimautisé.

Le moine, le peintre et le dandy. Steve Jobs, un pistolet Glock avec silencieux entre les mains d’un expert, le Nouvel iPad. Nous étions parés. 

(à suivre)