mercredi 25 janvier 2012

Un ancien d’Apple reprend les Chroniques de Cupertino - 26° épisode.


Et c’est ma toute dernière Chronique faite d’autocritique, de regrets et de mea culpa.
Je suis fait.
Je n’ai plus le soutien financier de ma maman. Privé de son argent de poche.
Ça n’avait donc aucun sens. Je m’en doutais un peu, il est vrai. Mon style que je croyais encore un peu drôle, parfois, ne vaut pas un clou.
Mes informations sur Apple n’intéressent personne. Personne n’arrive à lire mon charabia. Une ligne et tout le monde décroche.

Je suis à côté de la plaque et j’envie tellement Los Tiñosos, ses éditos extraordinaires, une vraie plume, la grande classe, du talent pur, de l'humour subtile, un regard sociétal au passage, sans avoir l'air d'y toucher. Depuis une semaine je lis Musicos qui se veut être le concurrent d’Audiofanzine.
Dans Musicos, Los Tiñosos teste et compare les instruments de musique. Ses textes sont des chefs d’œuvre ciselés, pas on mot de trop, pas une phrase qui ne se met pas naturellement à sa place. Du moins à force de me le dire, je commence à le croire un peu.
Je ne pratique aucun instrument mais je me force au régal des tests comparatifs.
Et surtout le grand talent de l’éditorialiste, sa vision, son regard. Impossible de lâcher ses éditos. C’est pourtant long, interminable mais tip top.
Je suis pris en sandwich comme un Baffle basse Genz-Benz LS-115B entre une guitare Gretsch Jet II Sunbrust et une Fender Strabasaster american standart 3T Sunbrust.
Je ne vaux rien face à un tel talent. Les tests comparatifs des matériels de Musicos m’ont achevé. Proust, Céline, Baudelaire, Gary… il ne me reste plu rien. 

Ma passion se dépeuple. Mon âme flotte gazeuse au-dessus de l’eau noire de la Seine. Je remonte vide dans la nuit l’interminable rue de Vaugirard, j’aborde le quartier chinois sans un regard pour les vitrines garnies de Bouddhas et de théières.
Je suis affalé contre la devanture du restaurant de Mehlang Chang. Le maudit Pont de la rivière Kwaï. Mes yeux fixent le noir de l’avenue de Choisy, dehors. Et n’y voient que de faibles lumières. Des étoiles sans couleur dans le ciel oppressant.

James Smimoff Sputnik Stolichnaya Elastockovitch !
Me dit-il avec ce petit accent ukrainien que je lui connaissais au téléphone. Grand, osseux, un catogan lie mollement ses cheveux blonds. C’est cet imbécile d’Elastoc.
Roberto Sinsilla, je présume ?

Il ne me laisse pas en placer une. Et me toise de l’air du type qui toute sa vie est passé à côté de la bêtise.

Mon cher Sinsilla, vous êtes cuit. Cerné par la critique. Ne soyez pas aux abois. Soit vous vous démettez des Chroniques de Cupertino, soit on vous arrange votre site aux petits oignons. On a les moyens d’aller très loin. Imaginez que Mediapart ou Le Monde s’empare de votre irrésistible mauvaise prose dont vous entachez depuis trop longtemps les  Chroniques et demande, au nom de la littérature même, que vous arrêtiez vos pattes de mouche contre nature ? 
Vous êtes bien conscients que personne ne lit vos contributions aux Chroniques. Nous pensions recruter Los Tiñosos du fanzine Musicos. Vous ne lui arrivez pas aux chevilles. Hélas, son édito du dernier comparatif entre les 22 batteries sur le marché lui ont abimé les tympans. Il n’entend plus sonner son téléphone.
Ce type à du courage à revendre. Son édito sur les tests  des guitares électriques reste encore une référence. Bien que blessé cruellement, défiguré par deux cordes qui lui ont sauté contre la joue. Sans compter que cet écrivain a été  sérieusement électrocuté par une Fender trafiquée par Hendrix himself, une pièce de musée.

Vous parler comme ma maman, Monsieur Smimoff Sputnik Stolichnaya Elastockovitch, elle aussi a une admiration sans borne pour Los Tiñosos. Elle est saxophoniste et est abonnée à Musicos. Mais je n’ai jamais pris une position contre Apple…

J’ajouterais, Monsieur Pedro Sinsilla, qu’il vous faut oublier à présent mes rapports avec Apple. Je ne suis plus au service Marketing. J’ai quitté définitivement et la boîte et Cupertino.

On vous a fait payer la fuite ratée de l’iPhone4S que vous étiez sensé organiser? Ils vous ont finalement viré ?

Ne parlons pas de moi. Ca ne vous regarde pas. Je prends en main la rédaction en chef des Chroniques de Cupertino. Signez ici.

Contre ma mère, contre Apple. Je ne peux rien.
Juste une demande. Ne me sortez pas des Chroniques, s’il vous plait. Laissez-moi encore une dernière chance. Oui, mon style est nul. Oui, je sais qu’on ne me lit pas. Oui, je ne viens pas aux chevilles de Los Tiñosos. Mais je sais me servir d’un clavier, je pourrais vous être utile. Je connais le professeur Mehlang Chang…

…Bon. On vous garde comme employé de bureau… à mi-temps et bénévole. Et vous faites le ménage, assurez le téléphone et taper les textes en utilisant le correcteur d’orthographe intégré par Apple ! Je ne le répéterais pas. Et puis le café, surtout le café. Signez là. 

J’aimerais que l’on publie ces deux épisodes  …les derniers … tenez lisez… ils ne sont pas franchement mauvais, je crois…

Voyons, voyons ça … bof ! Comme le reste, nul. Nul à chier comme dirait ce regretté Steve. Mais bon, le temps que je reprenne tout ça en main… Vous publierez aussi un épisode 26 afin que votre lecteur, ou vos deux lecteurs, comprennent que c’est fini pour vous… Signez.

Merci Monsieur Smimoff Sputnik Stolichnaya Elastockovitch. Je signe. Que vais-je devenir ? Employé à mi temps, bénévole aux Chroniques. Plus de voyages à Cupertino, personne ne m’invitera plus au restau, ils vont me snober à l’Apple Store, plus de confidences sur les derniers cancans d’Apple, aaarg. 

Allez soyez positif. Pensez que vous n’aurez plus de critiques littéraires à subir, de Strasbourg, Grenoble ou d’ailleurs. Bon. Parlons de l’avenir. Pas le vôtre mais celui des Chroniques.
On va les laisser pour le moment en ligne. On recentre sur la technologie d’Apple. Des notices de vulgarisation et des tests comparatifs dans un premier temps. Après on verra. Et ça ne vous regarde d’ailleurs pas. Bon là c’est moi qui prends la plume. Et plus, jamais de « avec la délicatesse qui convient » ou des « A+ les amis si le cœur vous en dit ». On termine une vraie Chronique comme ça :
« L’incredible iCloud et une petite chose en plus dans la prochaine Chronique de Cupertino. »

James Smimoff Sputnik Stolichnaya Elastockovitch se lève. Je remarque qu’il porte un maillot Issey Miyake comme celui de Steve Jobs. Un jean délavé. Il lance un clin d’œil au professeur Mehlang Chang qui vient de rentrer dans son restaurant.
C’était un complot. Je suis viré.