J’étais débordé cette semaine.
Le vénérable professeur Mehlang Chang qui attaque Jean-Luc Mélenchon pour usurpation de patronyme.
Ma mère qui menace de me couper les vivres.
Mon neveu qui m’a fait intervenir auprès d’Apple pour qu’on lui change gratuitement la carte graphique cramée de son iMac le lendemain de l’échéance de l’Apple Care.
Un mail d’un honorable correspondant de la CIA qui me demande pourquoi j’ai cité le FBI dans ma dernière Chronique et évoque ma demande de visas pour les States.
Mais il est grand temps que vous fassiez connaissance avec Tim Cook, choisi à l’époque par Steve Jobs pour diriger Apple. Pour cela tournons-nous vers le professeur Mehlang Chang, le plus averti des applelogues.
Vénérable professeur, que savons-nous de Tim Cook ?
Honorable nem farci de curiosité, voilà. Tim est rentré chez Apple en 1995. On connaît son superbe parcours qui, de l’Alabama à la Californie, l’a conduit à IBM en passant par Compaq. Il a, à présent et indiscutablement, les meilleures capacités sportives de tout le personnel du géant de Cupertino et de la Valley.
Imbattable au vélo et au jogging, il vient de déchirer encore une fois son tapis de course.
Il a équipé son bureau, la salle de sport de sa villa et ses résidences secondaires, de stations de musculation Hammer California XP (référence 9060).
Je vous donne là quelques indications quand vous rédigerez votre CV, honorable poulet au gingembre joggeur, faites donc très attention quand vous aborderez la question de la musculation.
Je ne suis pas à la hauteur, vénérable. Pour rentrer chez Apple il faut avoir une intelligence au-dessus de la moyenne…
C’est en effet loin d’être votre cas mais c’est le cas de Tim Cook et, je cite là l’un de vos confrères plumitifs, Tim a un ordinateur à la place du cerveau, non seulement il sait tout de ce qu'il fait mais il sait aussi tout de ce que vous faites.
Il a redressé Apple avec Steve Jobs et a gardé, après l’envolée de Steve vers l’infini des lotus d’or, une excellente équipe comme le responsable du design Jonathan Ive, le ténor des logiciels Scott Forstall ou encore le dirigeant du marketing produit Phil Schiller.
Mais aussi Big Bug du service Virus, Heudebert, Pricilia et Leocadie du service Design, Floquette Grandpied, James Smimoff Sputnik Stolichnaya Elastockovitch dit Elastoc rejoints récemment par Doroty Sun dite Mam Sun du service Marketing ainsi que les frères Cogito, Ergo et Sum Trumeaux du service Juridique (1).
Vénérable professeur, espérons qu’ils ne s’endormiront pas sur leurs lauriers ! Mais comment Tim Cook fait-il pour que tous ces gens donnent le meilleur d’eux-mêmes ?
Je ne peux pas encore me prononcer d’une façon certaine mais voilà en tous cas comment les choses se sont passées pour la première grande réunion depuis qu’il a pris les choses en main après le départ de Steve vers le bienheureux ashram céleste. Le premier concile de Tim Cook.
Sur sa station de musculation Hammer, Tim travaillait ses abdominaux en dictant un important contrat commercial avec la communauté Inuit, tout en discutant avec Steve en pensées et en rédigeant un mail de la main gauche destiné à calmer l’association des grand’mères de l’école maternelle de Fresno (1). De la main droite il signait un courrier en tibétain adressé au successeur du Dallai Lama.
Les orteils de son pied gauche clapotaient sur la télécommande d’un écran géant pour passer de CNN à FR3 Région centre. Songe-t-il vraiment à ouvrir un Apple Store à Bourges ?
Pendant ce temps sa jambe droite, des orteils à la hanche, était au repos en relaxation absolue. Tim relaxe toujours une partie de son corps quand toutes les autres parties travaillent. C’est sa manière de pratiquer le zen.
C’est Léocadie, vous savez honorable brin de menthe sauvage baignant dans le frais cresson bleu, le type de service Design ayant tant de ressembles avec le médecin héros de LOST, le leader charismatique qui reste super cool alors que tout le monde s’énerve sur la plage, qui s’avança vers lui et lui susurra à l’oreille droite non munie d’un écouteur, donc exceptionnellement disponible, Tim nous sommes là.
Tim n’est pas indifférent au regard si rassurant de Leocadie, communiquant presqu’érotiquement la confiance alors que la situation est quand même un peu tendue dans l’île de LOST quelle que soit la saison, dans la jungle comme sur la plage.
Tim n’est pas indifférent au regard si rassurant de Leocadie, communiquant presqu’érotiquement la confiance alors que la situation est quand même un peu tendue dans l’île de LOST quelle que soit la saison, dans la jungle comme sur la plage.
Tim se leva. Tous les contacts extérieurs se débranchèrent. Il lança un dernier à plus, Steve.
Pergamon, son secrétaire, lui passa un peignoir sur les épaules musclées.
Il sauta sous une douche, l’oreille collée à son iPhone personnel subaquatique et réapparait quelques secondes après revêtu de son jeans et de son maillot gris à col relevé bordé d’un liserer bleu Mykonos.
Oui, Tim doit trouver son propre personnage dans le sillage du grand Steve Jobs tout en gardant la continuité du jeans.
Son maillot restera-il à col relevé comme le portent les nobles dans la Guerre des étoiles et surtout la belle princesse Léa ?
Ou optera-t-il pour une simple chemise bleue océan à manches longues ? Demandera-t-il, comme l’avait fait Steve Jobs, à Issey Miyake de lui confectionner un modèle original dont il pourra stocker trois cent exemplaires dans son placard ?
Nous le verrons bien à la séance de présentation de l’iPhone5. Mais en attendant, restons vigilants.
Mes amis prenez place, dit-il en bouclant son jeans. En fait ils étaient déjà tous assis. Mais ça tourne vite dans la tête de Tim. Très vite. Mais toujours en respectant l’ordre des procédures des programmes informatiques. Car, comme vous le savez, honorable prise USB, selon votre confrère de la presse économique, Tim a un ordinateur à la place du cerveau.
J’aimerais quand même savoir, commença-t-il de sa voix douce et ferme, QUI a laissé trainer le prototype de l’iPhone4S dans ce bar ?
Son regard absent regarda le seul endroit de la pièce où il n’y a jamais personne. C’est justement là qu’il y a l’extincteur. Et tous regardèrent l’extincteur.
Je ne discute pas le principe de la fuite mais ça nous l’avions déjà fait avec l’iPhone4. Je ne souhaite plus qu’il y ait deux fois de suite la même forme de fuite. Voilà.
Pourquoi ne pas trouver un iPhone4S dans l’estomac d’un cachalot ou dans le tombeau d’un pharaon égyptien ?
Je veux de la classe. Du muscle intelligent. Pas de répétition. Ne soyez jamais des nuls. Pensez ce qu’aurait pu vous crier Steve.
Et chacun pensa au « nul à chier » en regardant l’extincteur qui passait au rouge fluo.
Merci.
Puis il sauta sur sa machine à musculation et reprit ses travaux simultanés.
Quelle maîtrise ! Quelle pertinence ! Tim Cook vient de toucher le point essentiel d’un nouveau lancement. La fuite …
Oui, honorable couche culotte, les fuites sont organisées par le service Marketing et c’est le boulot de James Smimoff Sputnik Stolichnaya Elastockovitch dit Elastoc.
Et tous ses collègues en cœur : bon dieu qu’est-ce que tu fous ? Mam Sun insiste, je l’avais prédit.
Elastoc soulèva sa coiffe tête de bison avec les cornes et s’éponge le front. Un deuxième coup comme ça et il se retrouvera en Ukraine, pour sûr. Il s’expliqua.
Si, je vous l’assure, je l’avais bien mis sur le fauteuil doré du trésor de Toutankhamon au musée du Caire. Mais un gardien stagiaire l’a ramassé et revendu à un touriste américain alcoolique qui l’a oublié dans un bar. Ce n’était pas prévu. Franchement pas de chance. Surtout que tous croyaient qu’il s’agissait d’un banal iPhone4. Ca lui ressemble tellement. Je veux dire corporellement, extérieurement…
Elastoc sait qu’on ne plaisante pas avec les fuites organisées dans LA boîte. Phil Schiller le foudroie du regard. Et d’un ton ferme :
Mam Sun, reprenez ça en main.
Et vous, James Smimoff Sputnik Stolichnaya Elastockovitch, je veux pour demain soir un rapport détaillé sur la situation des technologies Light Peak et Sandy Bridge à horizon 2050. Allez…
Elastoc s’épongea encore le front. Où va-t-il trouver à cette heure de quoi alimenter le calumet et quelques bouteilles de vodka. Floquette Grandpied lui murmura à l’oreille : Main Street, mon sachem. Et lui lança un sourire intense comme sait le faire Skyler dans Breaking Bad saison 3 après avoir muri en trompant Walt. A ce propos, mon salon de massage…
Merci professeur !
A+ les amis, si le cœur vous en dit, pour une prochaine chronique de Cupertino. Il y sera question des fuites organisées par LA boîte, avec la délicatesse qui convient. Si vous le voulez bien, évidemment.
(1) Voir les précédentes Chroniques