Ma mère a rencontré la maman d’Edvy Plesnel. Elle s’est dressée sur la pointe des pieds et l’a regardée de haut, fière de moi, son fils.
La maman d’Edvy est furieuse. De plus, Edvy n’a pas du tout aimé qu’on le cite dans les Chroniques et pense à nous faire un procès en diffamation.
Mais revenons à nos courageuses révélations. Souvenez-vous.
Attila Uturgur a appauvri beaucoup de milliardaires. Car évidemment tous ces aProduits financiers étaient bidons.
Mais leur ingénierie fut largement copiée. Et là, le parallèle avec Steve Jobs est encore frappant. L’industrie financière s’est emparée sans vergogne des créations d’Attila.
Mais en copiant les créations d’Attila, ils ont fait sauter le système financier mondial. Comment cela s’est-il fait ?
Les grands patrons de banque, très occupés sur les plages des paradis fiscaux, appelaient leurs collaborateurs rageusement. Pourquoi les produits financiers d’Attila Uturgur avaient-ils toujours cent longueurs d’avance ?
Les gens n’ont pas envie d’investir dans des choses banales. Ils veulent des investissements nouveaux, simples, intuitifs… hurlait au téléphone le président de la banque Bananex Monde. Bon, il hurlait parce que les vagues de l’Océan Indien se cassaient trop bruyamment sur sa terrasse les pieds dans l’eau.
Regardez ce que fait Apple, c’est ingénieux, nouveau, élégant… ils font naître le marché, vous ne pouvez pas en faire autant ? Hein, qu’est-ce que vous dites… Et ben oui ! Préférons l’original à la copie ! Alors amenez-moi cet Attila Uturgur. Vite. Donnez-lui ce qu’il veut. On n’est pas ricrac avec l’argent, nous, pas comme chez Apple. Hein !
C’est ainsi qu’Attila prit la tête de Bananex Monde après les avoir tous traité de gros nuls. Vraiment. Et quand on lui présentait un nouveau produit financier, il criait « pretty shit ». Tous ont fui devant tant de violence, sachant, au fond d’eux-mêmes, qu’ils étaient des nuls. Encore un écho jobsien. Etrange, non ?
Attila inventa les produits financiers « dérivés ». Il avait préféré le terme « dérivés » à d’autres comme « masqués » ou « voilés ». Derrière il y avait, en effet, un tas d’indices divers dont les variations faisaient évoluer un graphique à la hausse ou à la baisse.
De « dérivés » émanait une idée d’abstraction scientifique et mathématique qui donnait une caution rationnelle et savante. Une incontestable élégance conceptuelle.
Attila vendait aussi toutes sortes de dettes.
Celles des épiciers mélangées aux dettes des braves gens embourbés dans le crédit de leurs maisons. Le tout emballé sous le terme « subprime ». En ajoutant à « prime » un « sub », on voulait dire que c’était plus risqué mais beaucoup plus rentable. Un coup de génie et un succès commercial immédiat : qui aurait pu résister à acheter pour 1 000 $ un lot de dettes dont la valeur nominale était de 5 000$ garantie par une hypothèque ?
Ces affaires financières étant terriblement complexes, nous avons fait appel à l’économiste anthropologue, psychiatre, expert en psychologie comportementale et spécialisé notamment en jobsologie clinique, le vénérable professeur Mehlang Chang.
Je l’ai rencontré Au pont de la rivière Kwaï , petit restaurant qui sert des soupes aux raviolis à 5,5 € (et c’est copieux), près du McDonald, avenue de Choisy à Paris, France.
Le professeur est bien connu et de nombreuses vidéos de ses interviews circulent sur la toile.
Vénérable professeur, pouvez-vous nous expliquer comment l’affaire d’Attila Uturgur a pu prospérer d’une manière aussi successfull ?
C’est assez simple, honorable salade de bœuf Bo bun. Attila vendait toutes sortes de dettes et même les dettes des Etats. Il appelait cette dette « souveraine ». Classe, non ? C’était de très grosses sommes mais habillées en « souveraines », qui aurait pu résister ?
Vous comprenez, bienheureux journaliste à la cervelle de riz trop cuit pétri d’anglicisme ?
Attila ne faisait que vendre des dettes. Il n’achetait jamais. Ce qui fit sa fortune. Vous comprenez ?
Expliquez-nous, vénérable professeur.
Les gens achètent et achètent et un jour, ils finissent par se demander ce qu’ils avaient acheté. En fait un énorme tas de dettes.
Voyant le vendeur de dettes de plus en plus riche, ils décidèrent de faire comme lui, vendre le tas de dettes. Mais là, plus personne ne se précipite pour les acheter. Surprise.
La psychologie comportementale enseigne depuis des millénaires : quand toi pas comprendre, c’est qu’il y a un loup, vend vite.
La plupart des gens n’inventent rien. Ils imitent et plagient, un peu comme vous les honorables journalistes engloutisseurs de menus à petits prix.
Leur mimétisme se rallie paresseusement aux modes et ils ont tendance à répéter ce que tout le monde admet : une folle envie de chic consensuel domine la volupté d’être et la plénitude des consciences brumeuses, vous voyez cela, honorable journaliste passé à la vapeur.
Autour de cette éternelle paresse universelle d’être, se construit l’homme, vous et moi.
Et les hommes sont tous frères dans cette paresse partagée, au-delà des croyances et des origines, tous dans le même rouleau.
Nous Chinois, sommes pris comme vous dans le même rouleau de printemps. Mais nous on ne se tourne pas les pouces en réunions interminables.
L’humanité se tient les coudes dans cette fraternité. Dans ce rouleau de printemps, le pauvre c’est la graine de soja germé. Le riche, c’est la menthe.
Comme vous êtes plutôt du côté de la graine de soja germé et loin du brin de menthe, honorable plumé, je sais que vous n’avez même pas un yuan chinois = 0,114531182 euros pour me payer. Alors je fais publicité pour l’un de mes excellents restaurants Le pont de la rivière Kwaï, avenue de Choisy à Paris, près du McDonald, ouvert tous les jours.
Mais vénérable Professeur Mehlang Chang, comment ce revirement vendeur s’est-il propagé à tous les rouleaux de printemps de par le monde ?
Honorable journaliste, quand le bruit circule que ce qu’on a acheté a perdu sa valeur, le mimétisme paresseux fait que tout le monde veut vendre dans la précipitation, même à perte.
La psychologie comportementale dit : vaut mieux se couper un doigt que de perdre la main.
C’est ainsi que la plupart des riches sont ruinés sur ce coup et ils piquent une crise.
Selon une autre loi de la psychologie comportementale : les gens sortent toujours en toussant d’un enfumage. Et ils ont toussé fort, honorable pastille au gingembre.
La crise piquée par les riches est arrivée vite chez vous, la plèbe, les graines de soja.
Ça ne touche pas moi car j’ai mon salaire à l’université et les restaurants, et, depuis peu, une salle de massage. Je suis plutôt brin de menthe.
Mais vous êtes la plèbe, inutile et encombrante, dont on pourrait se passer puisque tout se fait chez nous en Chine et malheureusement en Inde.
Vous savez, cette plèbe qu’il faut toujours sécuriser, loger, soigner, éduquer, informer, mettre au travail, faire voter et amuser. C’est vous.
C’est la plèbe qui doit payer.
Pourquoi ? Car elle doit aux riches tout ce qu’elle a et surtout elle ne peut pas se payer un bon avocat. Et là, la plèbe pas contente, se rebiffe.
Etrange. Pourquoi la plèbe n’est-elle jamais reconnaissante ?
Pourquoi rechigne-t-elle à payer ? Donner avec générosité ses misérables trois sous grappillés sans gloire ?
Pourquoi ne comprend-elle pas que 20% de la population brin de menthe est condamnée à accumuler 80% des richesses ?
Oui hélas, condamnée, honorable délice parfumé à la sauce au soja. La règle des 80/20 est universelle et éternelle. Pourquoi vous les pauvres, vous n’en avez rien à cirer ?
Attila Uturgur ne répondra pas aux questions fondamentales du vénérable professeur Mahlang Chang. Il avait disparu la veille de l’arrestation de son ami Bernard Madoff et du suicide de Piètre Andouillovitch.
Une chose est certaine : Attila a voulu appliquer le think different de Steve Jobs. Il a changé le monde en le détruisant.
Attila a maintenant les coudées franches. Extrêmement riche, il est prêt à parachever son œuvre destructrice en s’attaquant à Apple.
Mais pourquoi donc Attila Uturgur se retourne-t-il contre Apple? Qu’est-ce donc cette étrange obsession ?
Vous le saurez, honorables lecteurs impatients, dans notre prochaine édition des Chroniques de Cupertino avec la délicatesse qui convient. Si vous le voulez bien, évidemment.