samedi 22 octobre 2011

La keynote légendaire de Mam Sun et les chamans - 12° épisode


Lors de la précédente parution des Chroniques de Cupertino, nous avons fait un focus sur l’incredible mode opératoire du service Marketing et les avons quittés au moment où la catharsis collective de la keynote allait atteindre son paroxysme. La nuit tombait, le public en transe lancinante, les petits de l’école maternelle de Fresno dormaient sur les genoux de leurs grand-mères aux yeux exaltés.
Le feu formait un grand cercle et les rougeoiements se projetaient sur les trois acteurs immobiles, Big Foot revêtue de sa parure de plumes d’aigle, Elastoc portant sa tête de bison et Mam Sun (*) claquait ses castagnettes, possédée par un flamenco dont elle seule entendait les élancements.
Il surgit alors un événement étrange, une sorte de faille temporelle, une porte s’ouvre dans le firmament et l’avenir est à portée de main.

- Haio, haio, commence Big Foot, Grand Esprit de la plaine dis-nous comment courent les bisons, où va le vent, où glissent les nuages, yooo, yaaa, uhg.
- Elastoc colle l’oreille au sol. J’entends ta voix Grand Esprit, yooo.
- Haio, haio, qui fait tomber la pluie ? Pourquoi brille le soleil, uhg ?
Passage du calumet et de la bouteille de vodka qui tournent inlassablement en rond, s’évadent on ne sait comment du cercle des devins et s’égarent dans les tribunes. Ils reviennent rechargés entre les mains des trois visionnaires.
- J’entends ta voix, Grand Esprit et tu me dis que la force du soleil fait tourner le sable et les tablettes de pierre.
Passage du calumet. Suit la bouteille.
La vision est claire, chante Mam Sun. Elle entonne un récitatif quelque peu mozartien : le silicium et les iPad doivent être directement alimentés par l’énergie solaire, hips hugh ! 

- Haio, haio, comment payer l’homme blanc et les longs couteaux ?
- J’entends ta voix, Grand Esprit, (Elastoc toujours l’oreille collée au sol) payer l’homme blanc avec les tambours à messages.
Mam Sun lève les bras au ciel et lance son récitatif à l’assemblée : on payera avec nos téléphones portables qui remplaceront les cartes bancaires, uhg.

- Haio, haio, comment doit être l’œil qui regarde les nuages ?
- J’entends ta voix, Grand Esprit, tu dis que l’œil doit largement s’ouvrir pour regarder le ciel en entier.
Mam Sun : nos écrans d’iPhone seront bientôt plastiques et extensibles.

Et voilà les visions de nos Chamans du service Marketing de LA boîte, auxquelles s’en ajoutent bien d’autres : nos télés seront de vrais ordinateurs branchés sur le Net et ouvertes à toutes les télés en ligne du monde, la reconnaissance faciale permettra de repérer les visages publiés sur le Net, le mode 3D sur tout écran, par la commande synaptique, notre peau commandera en direct les engins électroniques et plus encore comme la réduction du train de vie et des salaires de l’Elysée, du Sénat et de l’Assemblée nationale de 50% dont on ne parlera pas ici.

Vers trois heures du matin, les pompiers sauveteurs de Cupertino emballent les trois voyants dans des couvertures métallisées. Ils sont toujours dans un état  de conscience altérée. Et les emportent sur des brancards au centre de secours où ils vont passer une nuit en dégrisement.
Le public s’est endormi dans leurs iBags, sacs de couchage que LA boîte a mis gracieusement à leur disposition. D’ordinaire les iBags sont loués 6,66 $ la nuit, entièrement reversés à la recherche développement car on est toujours ricrac chez Apple, comme vous le savez. Mais là, tant pis, Tim ne voulait pas lésiner.
Le service de Sécurité formate discrètement les cartes SD des appareils photos des gamins endormis car comme vous le savez aussi, rien ne sort, ni ne rentre à Apple sans un sérieux contrôle.

Voilà l’avenir de nos technologies. Enfin du moins celles qui intéressent LA firme. Et par là vous voyez l’avance géante du géant de Cupertino.

Big Foot garde pendant plusieurs semaines, posée sur ses nattes blondes, sa magnifique parure cheyenne en plumes d’aigle et Elastoc ne quitte plus sa coiffe tête de bison avec les cornes. Même Mam Sun ne change pas sa robe déchirée.
Ainsi sait-on dans La Valley qu’Apple vient encore de préparer l’avenir. Les concurrents, achètent à prix d’or des photos satellites du campus de LA firme et y décryptent le foyer, et les tribunes. Ils revoient instantanément leurs catalogues. 

Quelques jours après, Microsoft lance son nouveau système d’exploitation qu’il vient de rebaptiser Windowstomahowk au lieu du Windows9 attendu.
Et ne trouvez-vous pas saisissant qu’Amazon ait justement appelé sa nouvelle ligne de tablettes Kindle Fire ? Allumez le feu. Vous voyez. De plus ils l’ont lancée à Hell’s Kitchen, la Cuisine de l’enfer. Référence nette au paganisme. On n’en croit pas ses yeux ! Encore un coup, c’est certain, d’Attila Uturgur, le chef des Antimacs ?

C’est habillés ainsi que nos trois visionnaires déjeunent à la cafet de LA boîte, admirés de tous pour leur clairvoyance, souvent en compagnie de Big Bug, le chef du service Virus, devenu franchement obèse par inaction. Tim, comme Steve le faisait, encourage ces réunions inter services bariolées et originales.
La cafet d’apparence assez banale est pourtant un intense lieu de création et d’échange.

Je ne souhaite pas en rajouter car vous savez tous que rien ne doit sortir de LA firme et qu’une imprudence pourrait nous mettre involontairement en mal avec LA boîte que nous aimons avec dévotion. Steve, aide-les si tu le peux, please, donne leur quelques paires d’ailes, ça ne doit pas manquer autour de toi.

 A+ les amis, si le cœur vous en dit, pour une prochaine chronique de Cupertino. Nous prendrons connaissance du verbatim de nos forums, en laissant la parole à nos lecteurs fidèles qui ont tous un avis sur l’avenir des technologies, avec la délicatesse qui convient. Si vous le voulez bien, évidemment.

(*) Il s’agit de Floquette Grandpied dite Big Foot, de James Smimoff Sputnik Stolichnaya Elastockovitch dit Elastoc et de Doroty Sun, dite Mam Sun. Voir précédentes Chroniques.