En ce jour tant redouté, les premiers témoignages affluent
sur notre forum des Chroniques de Cupertino.
Ce matin, toute notre équipe des Chroniques a la vague à
l’âme alors que nous savions hélas que l’issue de la maladie de Steve lui sera
fatale. Nous sommes tous simplement tristes comme vous.
Ci-dessous un rapide copier coller des premiers messages
reçus. Nous avons complété les qualités des personnes qui partagent notre
douleur car tous sont comme nous des anonymes qui avons pour Steve un très
grand respect.
Floquette Grandpied dit : Steve avait un sens profond
de la relativité en toute chose. Il n’était pas spectateur de la mécanique
quantique mais un acteur. Laissez-moi pleurer. Il avait construit de beaux et
simples outils pour mieux comprendre, en l’aimant, le beau désordre apparent de
la vie. Bye Steve, tu restes prés de moi.
(Dite Big Foot, employée au service Marketing d’Apple)
John B. Bugg dit : Je perds un ami qui connaissait
comme personne les ressorts de la création industrielle et savait en faire
usage pour le bien commun. Dans le Mahâbhârata, alors que la bataille de la vie
et de la mort va s’engager, Krishna suspend le temps. Respectons le silence de
la vie qui rencontre la mort. Ecoutons chanter la Bagavad Gita. Tu me manques,
Steve.
(Dit Big Bug, responsable du service Virus d’Apple)
Pricillia Sanchez dit : Steve savait qu’un bon
ordinateur, c’était un très bel ordinateur. Quand le beau rejoint l’utile, la
vie s’allège. Vous ne pouvez pas savoir comme je suis triste. Il savait
contenir la laideur. Vous en connaissez beaucoup qui peuvent donner ça au
monde ? Il fait partie de ces quelques uns.
(Employée du service Design d’Apple)
Un moine bouddhiste de Mountain View dit: La mort et la
vie se rejoignent et tissent la toile des forces universelles qui nous portent.
Steve avait eu cette vision du Net. Donner à l’homme la possibilité d’ouvrir
son esprit par l’outil informatique, même si ce n’est qu’une petite ouverture, c’est
déjà une très grande œuvre.
(Anonyme du Centre de méditation de Mountain View)
Mary dit : J’ai connu Steve alors que je servais avec
Patama les yogourts macrobiotiques à la boutique FRAICHE d’Emerson Street.
J’aimais ses yeux qui allaient bien au-delà de ce qu’il voyait. Quelque chose
d’invisible jaillissait de lui comme une bonté contenue et pudique. Son corps
mangeait mes yogourts mais son âme regardait le monde et voulait avec force
qu’il soit un peu meilleur. Il portait en lui la force de la baie de Frisco qui
semble certains jours porter le Golden Gate au-dessus de la brume.
( Mary est veuve, son mari John avait été accidenté par une
machine de chantier)
Grand’mère dit : Steve accordait une grande importance
à l’éducation. C’était un réaliste profondément humaniste. Un vrai idéaliste
moderne qui croit ferme que le beau, le vrai, l’utile et le bon peuvent se
rencontrer dans ce monde peuplé de sceptiques. Quelle trempe ! Il y a comme
un morceau du paysage de Santa Clara qui vient de nous être arraché.
(Déléguées des grand’mères des écoles maternelles de Fresno)
Maman dit : J’ai appris par la radio. Viens vite je
sens que tu ne vas pas bien.
Ma réponse : j’arrive, je ne sais pas pourquoi mais je
me sens brisé. C’est bête, non ?